Vous raconterai-je ici tous les maux que ce maudit désir des richesses a apportés au genre humain ? les fraudes, les voleries, les usures, les injustices, les oppressions, les inimitiés, les parjures, les perfidies, c'est le désir des richesses qui les a ordinairement amenés sur la terre. Aussi l'Apôtre a-t-il raison de dire, que « le désir des richesses est la racine de tous les maux :» Radix omnium malorum est cupiditas.
Les mauvais riches sont des « pauvres intérieurs (...) toujours avides, toujours affamés dans la profusion et dans l'excès même ». Dans leur âme et dans celle de leurs imitateurs, « où la raison a perdu l'empire, où les lois n'ont plus de vigueur, l'ambition, l'avarice, la délicatesse, toutes les passions, troupe mutine et emportée, font repartir de toutes parts un cri séditieux, où l'on n'entend que ces mots : "Apporte, apporte"». Toute sa vie, l'homme cupide a dit en son cœur : «Je suis : il n'y a que moi ; toute cette multitude, ce des têtes de nul prix, et, comme on parle, des gens de néant.«À l'approche de la mort, il sera seul et sans secours face à son propre néant.
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Attention petit bijou, madeleine de Proust.
Jacques Bégnine Bossuet met beaucoup de malice dans ses sermons. Il interpelle :
Ô pauvres ! que vous êtes riches ! mais ô riches ! que vous êtes pauvres !
Il intrigue, il inquiète :
Voici, messieurs, un grand spectacle : venez considérer les saints anges dans la chambre d’un mauvais riche mourant.
Bien sûr, ce texte date d’une époque, le dix-septième siècle, où l’homme croyait en Dieu et en la justice divine mais où, déjà, certains cherchaient à s’en émanciper.
Bossuet a écrit de nombreux sermons et prêchait à la cour. C’était la conscience des grands, il les ramenait sur terre leur montrant la vacuité de la richesse utilisée à mauvais escient au fil de ses deux sermons et de son panégyrique sur Saint François d’Assise.
Il se sert de textes de Tertullien, d’arguments tirés de la bible pour que les riches aident les pauvres.
Il (Dieu) a voulu que vous eussiez l’honneur de faire vivre vos semblables.
Eloquence, effet de manche, argumentation, ses sermons ont tout de plaidoyers. C’est du grand art. Le texte est très agréable à lire mais je n’en attendais pas moins après avoir lu « Les oraisons funèbres » qui remet les hommes même les plus grands à leur juste place.
Avant le texte, une préface d’une soixantaine de pages, d’Alain Supiot de connaître les différentes théories sur la pauvreté à travers les âges.
Las, les siècles ont passé, ce qui est dit sur les pauvres et les riches est toujours d’actualité même si la loi divine et la mort sont de plus en plus rejetées de nos jours, à de rares exceptions.
Un texte à lire absolument, tant pour le fond que pour la forme.
L'orgueil, comme vous savez, chrétiens, a cela de propre, qu'il prend son accroissement de lui-même, si petits que puissent être ses commencements, parce qu'il enchérit toujours sur ces premières complaisances par ses flatteuses réflexions.
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