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2026-06-06T10:47:20+02:00

Là où naissent les ouragans

Publié par Althéa

L'automne sait mentir à merveille, dans son abandon coruscant où coule l'ambre sur chaque plante, il parvient à nous faire croire en un éternel été. Mais la couleur des feuillages ne peut tromper l'œil aguerri.

Elle adorait bien entendu la danse, mais aussi la littérature. Elle aimait la vie, et n'en perdait aucune miette. Volontiers provocatrice, au risque de passer pour une audacieuse et même pire, elle se moquait du qu'en dira-t-on. Elle aimait chez Gatien cette fraîcheur d'âme nuancée d'étonnement et de pureté. Il y avait chez lui une fougue tout en intelligence, une retenue qui se libérait à son contact.

Merci à Anne-Lise Wittwer de 5 Sens éditions qui a eu la gentillesse de me faire parvenir ce service de presse.

 Cette fois-ci, Gilles la Carbona nous entraîne en Indochine et à Cuba avec des êtres au caractère bien trempé.

Entre Armand et Eléonore le torchon brûle, ce dernier est resté l’aventurier, le soldat  dont elle est tombée amoureuse. Fidèle à ses convictions et à son amour pour la France, il veut servir en Indochine bien que cette dernière souhaite le voir travailler dans l’entreprise paternelle.

Les frictions ne vont pas manquer, les rancunes aussi car Eléonore est prête à tout. Elle sait ce qu’elle veut et est manipulatrice, ses manigances n’auront pas l’effet prévu. Armand  reviendra blessé et meurtri.

Un nouveau départ destination Cuba, avec leur fils Gatien, semble une bonne idée. Là-bas aussi,  la tempête n’est pas loin. Musique, danse, sensualité ambiante, jeu de séduction pour Armand et Eléonore. Gatien quant à lui s’intéresse aux idées révolutionnaires et tombe amoureux. Face à l’imminence du danger la famille retourne en France à nouveau déchirée. Quels seront leurs choix ?

Valeurs perdues, guerres perdues, amours perdues et pourtant l’espoir demeure.

Cette fresque m’a permis de découvrir l’aspect historique mouvementé de l'Indochine dont je ne connaissais que peu de détails. Cuba est vivante et vibrante, on y est. Encore une occasion de constater à quel point les guerres et les extrémismes sont mortifères pour le peuple qui les subit.

Gilles la Carbona est un auteur que je suis depuis quelques années : son style, ses histoires et ses réflexions en font un incontournable. De plus partageant les mêmes racines,  je retrouve toujours avec plaisir cette Provence qu’il dépeint à merveille.

Sans oublier la superbe couverture de sa fille, Pauline qui nous fait entrer dans le récit.

À lire absolument, mais vous vous en doutiez.

Tu es d'un manichéisme navrant. Si on ne va pas dans ton sens, on est contre toi.

Il y a des pensées qui une fois émises donnent la voie, guide l’action. On ne tergiverse pas avec la patrie. La France, cette terre, cette âme, il l’a dans ses gènes, il la déteste autant qu’il l’aime. Elle sait se montrer fière et rebelle, autant que veule et lâche. Elle possède tous les visages, des plus beaux aux plus monstrueux, seul pays capable d’engendrer des héros pour la liberté, ou des collabos prêts à la souiller, la détruire de l’intérieur pour quelques prébendes.
Elle ne s’agite vraiment que face au gouffre, et trouve sur sa route la masse inerte de ceux qui ne savent qu’obéir, et la fange nauséeuse des traitres. Devant ce pitoyable tableau, se dressent les résistants, toujours…

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2026-06-05T08:24:14+02:00

Hommage aux lecteurs de Bernard Pivot

Publié par Althéa

Texte trouvé par un ami sur Facebook que je souhaitais partager avec vous.

"Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c’est une affaire entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d’imbéciles et qu’il n’y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s’entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres.
C’est logique, après tout. Le lecteur développe son intelligence au contact des raisonnements, au frottement des idées, au heurt des chimères ou des apories. Il devient l’intime de héros de fiction dont il a suivi les aventures avec curiosité, souvent avec passion. Il range dans sa mémoire des morceaux d’histoire de France ou d’ailleurs, des vies de personnages illustres, des récits de découvertes, d’exploits, de faits divers, d’existences obscures ou infortunées, de peuples en majesté ou en servitude, de civilisations défuntes. Bref, il collectionne des éclats de ce qui constitue la culture générale dont le livre, même s’il a aujourd’hui des concurrents, reste le principal pourvoyeur.
Beaucoup trop d’hommes politiques, de chefs d’entreprise, de hauts fonctionnaires, de manageurs, de responsables de tout poil ne lisent que des livres utiles à l’exercice de leur profession. La littérature ? Perte de temps. Les romans ? C’est bon pour les femmes. Pauvres types ! (Pas sûr qu’au même niveau de responsabilités les femmes lisent plus et mieux.) Eux qui vivent dans un monde clos de privilégiés et en connaissent les protocoles, ignorent tout de l’évolution des comportements dans les différentes strates de la population dont ils ont directement ou indirectement la charge. Romans et récits leur apprendraient bien des choses. Sur le clair-obscur des mentalités. Sur les raisons des volte-face et des fidélités. Sur les fiertés minuscules et les détresses inavouables. Sur le grand bazar du commerce des corps et des âmes. Et donc, par comparaison, par confrontation, sur eux-mêmes.
Lire des romans, c’est prendre des nouvelles des autres.
Barack Obama : « Grâce à la littérature, j’ai pu imaginer ce qui se passait dans la vie des gens. »
Milan Kundera : « La bêtise des hommes vient de ce qu’ils ont réponse à tout. La sagesse du roman, c’est d’avoir question à tout. »
Lire de la poésie, c’est soulever des chapeaux, des couvercles, des tapis, le ciel.
Lire n’est pas se retirer du monde, c’est entrer dans le monde par d’autres portes.
Lire, c’est prendre Voltaire comme professeur, Proust comme oncle de la ville et Vialatte comme tonton des champs, Duras comme cousine, Stendhal, Dumas, Camus et Semprun comme amis, La Fontaine et Vincenot comme gardes-chasse, Louise Labé comme amante, Colette comme cuisinière, Montaigne, Jean Giono et Julien Gracq comme voisins.
Lire, c’est agrandir sa famille, engager du personnel, se faire des amis, multiplier ses relations, se constituer un fabuleux carnet d’adresses.
Lire, c’est faire entrer un peu de lumière dans le dédale piégeux de nos existences.
Mais si l’on comprend mieux le monde en lisant, la lecture peut aussi le complexifier, le rendre plus énigmatique. Il y a des livres qui décoiffent, qui dérangent, dont on sort troublé et même chamboulé. Ce sont peut-être les meilleurs puisqu’ils nous atteignent au plus profond et qu’ils modifient nos façons de voir et de ressentir. Ils nous poussent à des examens de conscience.
Ils nous encouragent à prendre des résolutions, à tenter des expériences. Ce sont des perturbateurs existentiels.
Lire, c’est courir le risque de se remettre en cause.
Enfin, la lecture est l’une des dernières activités humaines – avec, entre autres, la conversation et l’amour – où il n’y a nulle nécessité de retenir des codes, d’appuyer sur des touches, de consulter des écrans. Technologie nulle, simplicité du contact avec les mots (à condition, bien sûr, de continuer de préférer le papier à la tablette).
Entre les mains les livres ne pèsent pas du même poids au trébuchet du talent.
Lire, c’est avoir de l’esprit jusqu’au bout des doigts."

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2026-06-02T18:55:38+02:00

Le reflet du soleil dans un morceau d'enfance

Publié par Althéa

Jouer était un art et comédienne, une vocation. Quand on montait sur scène, on glissait ses pas dans ceux d’Edwige Feuillère ou de Sarah Bernhardt, pour mériter cette place, il fallait à tout le moins mourir sur scène. Autant dire que les blagues salaces de Shaynna et les mimiques grotesques de Marguerite n’avaient pas reçu le succès escompté.
– Mesdemoiselles, les avait sermonnées la directrice, si vous voulez rire ou faire rire, allez sur les boulevards jouer Mon cul sur la commode, mais laissez les vrais âââârtistes travailler.

Euphorique, elle avait accepté une première invitation de ses collègues égyptologues pour modéliser le sous-sol de la Vallée des Rois : trente-trois cavités inconnues étaient apparues sur l’écran. Les types étaient devenus hystériques, des diabétiques lâchés dans un magasin de bonbon. Les perspectives offertes par cette invention étaient sidérantes.

Mon deuxième recueil de nouvelles d’Axel Sénéquier, après « Le bruit du rêve contre la vitre », j’ai lu « Le reflet du soleil dans un morceau d’enfance ».

Ma préférée est : La forêt des suicidés qui mêle une bonne dose d’humour noir et un suspense soutenu. Un petit bijou.

Mais il y a des nouvelles sur des situations bien plus délicates avec Carnet de grossesse quand l’enfance brisée, détruite bien trop tôt remonte soudainement à la surface ou Le Prince de Guilvinec quand l’innocence et la candeur d’un enfant vous laisse entrevoir le pire par une envie de faire plaisir. J’étais tellement stupéfaite que j’ai du relire la ligne. Toute l’horreur traitée avec sobriété, presque banale et par conséquent très dérangeante.

Dans Capacités divinatoires, nous assistons à une joute verbale entre une serveuse qui tient le premier rôle et son client, et d’un coup les rôles s’inversent. Elle est redevenue cette jeune fille qui rêvait d’être actrice.

Arbitrage vidéo, la non-communication et l’incompréhension entre père et fils, c’est touchant !

Je me suis bien amusée avec Conservation du littoral, assez inattendu là aussi.

Un recueil qui laisse place à la fragilité de l’adulte, lorsqu’un morceau d’enfance l’assaille et que diverses émotions prennent le dessus.

De très bonnes nouvelles, écrites avec soin qui mettent en scène des personnages et des situations actuelles. De la poésie, de belles expressions.

Un recueil à lire absolument !

La mélancolie est un répulsif naturel puissant.

Face à l’apocalypse culturelle, alors que le monde s’ensevelissait sous des monceaux de bêtises et de renoncements, seule, juchée sur une montagne d’écrivains, de philosophes et de poétesses, Aliénor brandissait les livres comme les tables des commandements et prétendait repousser la vague d’imbécilité crasse qui déferlait sur ce siècle.

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