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2025-04-03T09:00:10+02:00

La saison des papillons noirs

Publié par Althéa

Deux jeunes hommes en uniforme descendent le cercueil dans la fosse. Sa petite taille a quelque chose d'obscène. Le bois est mince et pâle, et les nœuds suintent encore de sève. Quelque chose remue en Zora. Comme un grand effondrement mouillé. Attendez, a-t-elle envie de dire, il n'y a pas de prêtre, pas de sermon. Ça va trop vite. Elle est convaincue qu'il y a erreur. Certaine que s'ils remontent le cercueil et ouvrent le couvercle, Una sera là, la poitrine soulevée par un souffle, les yeux brillants.

La saison des papillons noirs est une chronique de la vie des habitants d'un immeuble alors que le siège de Sarajevo débute avec la guerre pour toile de fond.

Soudain des snipers tirent sur les passants, des obus ouvrent les immeubles. Au fur et à mesure la guerre s'installe. 

La vie continue, l'improbable c'est produit pour cette ville cosmopolite où tous vivaient en harmonie. 

" Sarajevo est un modèle de tolérance. Zora ne peut pas croire que les combats se prolongent, que le véritable esprit de la ville ne va pas se relever et triompher. "

Petit à petit, le téléphone , l'électricité, l'eau vont être coupés. Il n'y aura plus d'argent et plus de travail pour certains. La ville est assiégée la nourriture manque. Les conditions de vie sont sont de plus en plus difficiles.

" L'appartement se replie sur lui-même, songe Zora tandis que chaque soir elle se rapproche un peu plus du poêle. Son logement est peu à peu conquis, une pièce après l'autre, par la glace, le vent et la neige. Par le dehors. Par la guerre. "

Pourtant il y a des moments fugaces qui réunissent les habitants : le partage des aliments qui décongèlent, un anniversaire, le retour impromptu de l'électricité, des petits riens qui ramènent à la normalité le temps de quelques heures. Quelques amourettes s'ébauchent.

" Mirsad accueille chacun avec un bol de soupe. Quelqu'un monte le volume de la musique, et les bavardages et les rires s'intensifient aussi. Chaque fois qu'une explosion résonne à proximité, tout le monde hausse encore la voix."

Mais il y a aussi ce jeune homme qui se cache pour ne pas se battre et tuer des amis, cette petite fille qui paiera cher sa petite escapade. Et par-dessus tout l'incendie de la bibliothèque où tout le monde se précipite pour sauver ce qui peut l'être malgré les bombardements.

" On y est allés sans hésiter. Tu avais déjà entendu parler d'une chose pareille ? Une chaîne humaine pour sauver des livres. Un moment d'unité, de résistance. "

Priscilla Morris a choisi de rester floue sur les causes de la guerre ainsi que sur le destin des habitants de l'immeuble. Nous partageons juste quelques mois de la vie de Zora, Samir, Mirsad, Una et les autres.... Une vision de ce que subisse les populations victimes innocentes de la guerre.

Merci aux éditions Phébus et à Babelio pour cette masse critique privilégiée.

 

Samir secoue la tête, furieux.
_ Ça ne sert à rien, tu sais. Ils ont des armes, mais pas assez d'hommes. Nous on a les effectifs mais pas les armes. Un point partout, la balle au centre. Le problème, c'est ce foutu embargo. À quoi ils pensaient, à l'ouest, quand ils ont reconu la souveraineté de la Bosnie tout en nous privant des moyens de nous défendre ? On n'arrivera jamais à se libérer.

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