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2025-01-06T15:25:23+01:00

Elixir

Publié par Althéa

La culture humaine commence dans la nature. Voilà la vraie mémoire. Qui vit sans la nature oublie. Qui vient en pareil endroit se souvient.

La vérité, c'était que les Pomaks étaient un peuple autochtone enraciné en profondeur dans le tissu même de la terre. « Nous sommes des Bulgares portant des noms arabo-turcs qui fréquentons la mosquée au lieu de l'église », résumaient nombre de jeunes Pomaks. La plupart d'entre eux étaient laîques en termes de croyance, mais musulmans en termes d'identité. Toutefois au sein des générations précédentes, ils étaient nombreux à ne pas se reconnaître dans cette définition. L'identité pomak était complexifiée par les multiples traumatismes. Dans un acte de réappropriation tout en sobre modestie, les Pomaks se nommaient simplement « notre peuple ». Nashentsi.

Et nous voici partis en Bulgarie, mais pas celle de Sylvie Vartan, du fameux yaourt et du célèbre parapluie. Une Bulgarie de cueilleurs, de guérisseurs et de mythes, le jardin de l'Europe de l'Est.
Une excursion dans les Rhodopes nous fait découvrir sa nature, ses habitants, sa culture, sa frontière point de convergence avec la Grèce et la Turquie.
Histoire des hommes, des plantes, des lieux et d'un pays, Élixir Dans la vallée de la fin des temps est un merveilleux voyage.
C'est aussi la rencontre des Pomaks un peuple dont j'ignorais l'existence qui a préservé sa culture, a survécu aux communistes, aux nombreux conflits et continue à transmettre ses savoirs
Une rencontre avec des personnes, des plantes et la terre-mère, une vie respectueuse de la nature, simple mais d'un grand intérêt car beaucoup sont des cueilleurs, des guérisseurs, des herboristes.
Un monde fascinant où les mythes, les légendes ont leur importance, les rencontres sont touchantes et la sagesse de ces hommes est au rendez-vous. On y parle des Bogomiles, des Cathares et de leur prophétie mais aussi de voyants.
Voici les paroles de quelques habitants mais il y en a bien d'autres et tous ont un savoir à nous transmettre.
Metko, la mémoire vivante d'un village et l'enseignement qu'il en a reçu : « le monde est empêtré dans un cycle de victimes et de bourreaux victimisés par leurs propres crimes. Je veux mettre tout ce système délétère au défi en m'extrayant du cycle et en devenant un être humain libre. »
Vanga et son herbe de miséricorde : « Pas de fleurs coupées surtout, précisait-elle. Elles sont comme des enfants aux mains tranchées… Apportez-moi une plante vivante. »
Emin et sa vie avec les karakachans (chevaux) : « J'ai pas choisi tout ça, déclara-t-il. C'est un mal qu'on m'a transmis Certains héritent des maladies. Moi j'ai hérité des chevaux.»
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir la larme à l'oeil quand il raconte sa vie parmi les chevaux qui en fait un solitaire, un fou pour certains.
Kapka Kassabova nous parle d'un temps révolu :
Il n'existe presque plus de gens comme Emin, car la vie sauvage n'existe presque plus. Pourtant , autrefois, nous étions partout. La couronne faite de 77 plantes et demie se tissait depuis la rivière Beauly jusqu'à la Mesta puis au Nil et au-delà. Jusqu'à ce que les plantes deviennent « mauvaises », que les femmes deviennent des sorcières et que l'enfant de la nature devienne un fou.
Après quelques chapitres ont retenu mon attention :
Botani, avec des rituels et des prières dites par les cueilleuses.
Elixir, qui parle d'alchimie et du pouvoir de guérir que nous avons oublié.
Pélerines, étonnant !
L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, magnifique et terrible.
Pour Kapka Kassabova, il sagit d'un retour aux sources et à ses racines dans tous les sens du terme mais c'est aussi la rencontre d'herboristes et la connaissance des plantes sur le terrain dans leur environnement ainsi que la découverte de leurs vertus. C'est un texte érudit, passionnant.
Élixir est un monde foisonnant que j'ai quitté à regret mais il me reste Lisière et L'écho du lac qui me permettront de prolonger ma visite de la Bulgarie.
Voyageuse des pages, naturopathe et curieuse à plein temps ce livre est un immense coup de coeur.
Merci aux éditions Marchialy qui nous ouvrent une fenêtre sur un monde différent.
#Élixir #NetGalleyFrance

Des pancartes datant de l'ère communiste pendouillaient au bout de clous brisés.
« DU COMBAT CONTRE LA NATURE, NOUS SORTIRONS VICTORIEUX ! »
Mon guide sourit tristement.
« Ils ont échoué, mais pas assez. »
La destruction des forêts primaires débuta sous le régime communiste, et avec elle, le cycle de l'érosion et du dérèglement du microclimat.

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