Un énorme coup de cœur pour ce roman qui mérite plus de lecteurs par ses thèmes, ses différentes temporalité en un même lieu et surtout la réflexion proposée sur une telle société et ses dérives.
Ils n’avaient pas d’argent, et nul ne savait combien de temps il leur restait à vivre. Se préparer à avoir trente ans, sans songer encore à quarante et moins encore à cinquante, c’était comme acheter des meubles pour décorer une maison de sable – qui pouvait dire quand elle serait emportée par la mer, et qu’elle commencerait à se détruire toute seule, à se désagréger peu à peu ? Il valait bien mieux utiliser l’argent gagné à la sueur de votre front à vous convaincre que vous étiez encore en vie.
«Un homme qui passe son temps à se lamenter sur son sort n'a rien de séduisant », répétait souvent sa grand-mère.
Et une femme, alors ?
« Tout aussi peu séduisant, mais compréhensible, répondait-elle. Une femme a largement de quoi se plaindre. »
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Vers le paradis, quel titre ! En trois parties nous assistons à la déliquessence d’une société idéale.
Où est le paradis ? Certainement pas dans cet état vendeur d’espoir et de misère.
Hanya Yanagihara met des mots, décrypte des émotions qui nous laissent sans voix. Elle a tout d’un grand auteur !
Dix-neuvième siècle : une romance qui deviendra une légende. Dans une société homosexuelle où les mariages sont arrangés pour conserver le patrimoine. Un homme devra choisir entre la sécurité financière ou l’amour et l’exil.
Vingtième siècle : un père, un fils et leur besoin de protection. Là où l’un va se perdre, le deuxième réussira tout en s’en voulant d’être dépendant.
Vingt-et-unième siècle : Un univers effrayant avec des épidémies, une absence de liberté, des êtres désincarnés sans la moindre émotion, la déchéance totale de l’humanité, une répression sans limite, l’horreur complète.
Le passé est découvert grâce aux lettres envoyées à Peter par le narrateur. La correspondance de Charles avec Peter son vieil amant, ses états d’âme, sa famille qu’il a sacrifié sans s’en rendre compte en essayant de sauver un maximum de personne et puis ce coup du sort avec Charlie, sa petite-fille différente, victime de l’épidémie dont il voudra assurer l’avenir.
C’est sombre, « plombant », grandiose, magistral tout va crescendo jusqu’à … Je ne dévoilerai rien.
Mariage arrangé, solitude, pouvoir, identité sexuelle, amour, stérilité, racisme, épidémie, pouvoir, dictature, handicap, trois parties pour démontrer le positif et le négatif. Une dystopie où les personnages portent tous les mêmes prénoms. Seul lien entre les trois époques une demeure dans Washington Square.
Une mis en garde contre l’État, le pouvoir qui donne et reprend selon son bon vouloir. Une invitation à agir avant qu’il ne soit trop tard.
Hanya Yanagihara met des mots, décrypte des émotions qui nous laissent sans voix. Elle a tout d’un grand auteur ! 800 magnifiques pages à lire absolument.
Merci aux éditions Grasset
#Versleparadis #NetGalleyFrance
Mon identité se modifiait en fonction des quartiers que je traversais. À Manhattan, on me pensait noir, mais à Harlem, on savait que je ne l'étais pas. On s'adressait à moi en espagnol, en portugais, en italien et même en hindi, et quand je répondais que j'étais hawaïen, les gens me répondaient invariablement qu'eux-mêmes, un frère ou un cousin, y étaient allés après la guerre, et me demandaient ce que je faisais à New-York, si loin de chez moi, alors que j'aurais pu batifoler sur une plage avec une jolie petite hula.
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