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histoire

2025-09-01T07:10:29+02:00

Sur les rives du Djoliba

Publié par Althéa

N'insultez pas le crocodile lorsque vos pieds sont encore dans l'eau.
Proverbe bamiléké

Nous étions perdus au centre du désert.
Nous étions ainsi au cœur du monde, là où il nous semblait que jamais personne n'avait encore vécu, sur une planète inviolée, partageant les balbutiements sinueux du commencement de la création. Une répétition de terre ocre, à en perdre la vue, nous plaçait au centre de ce rien où nous marchions sans but. Au milieu de cette extase océanique, nage vers nous un Touareg surgi du néant.

Je me suis empressée de lire Sur les rives du Djoliba afin de retrouver la jolie plume de Francine et surtout de découvrir la suite de ses mésaventures en Afrique.

Troublantes racines, son premier roman, en plus d’être passionnant, était le reflet de certains ressentis lors de mes voyages.

Même si la colonisation et l’esclavage ne sont pas oubliés, tout débute et se termine par l’histoire de deux horribles personnages qui : « envoyés par l’armée française  pour « pacifier », étaient devenus au fur et à mesure des meurtriers au passe-temps de plus en plus prenant ».

Francine Romero a choisit de nous montrer ce qu’elle aime.

Dès le début, Francine et son bel hidalgo sont gênés par l’éloignement avec la mer, je ne peux qu’apprécier car, oui, vivre quatre ans loin de la mer, c’est vertigineux…  mais son couple  trouvera d’autres occupations.

L’Afrique les attend et leur offrira le meilleur d’elle-même : rencontre avec les grands mammifères, son histoire, sa civilisation, désert et sorties sur le Djoliba.

Bien entendu, il y a les anecdotes et les réflexions qui en résultent bien souvent appuyées par des citations illustrant le propos.

Sa rencontre avec les touaregs verra Francine atteinte de schtroumpfite mais donnera à voir à quel point les frontières et une sédentarisation forcée ont appauvri leur vie.

On y retrouve Pirli, le fameux perroquet qui connaît des démêlés avec des chatons mais en Afrique le respect des anciens est une valeur essentielle. Tout ira bien pour lui.

Bref, encore un bon voyage.

« On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait »

Nicolas Bouvier

 

Les Touaregs du petit marché de Niamey lui ont dit Oui, puisque dire Non n'entre pas dans leur culture, tout en me confiant que jamais ils ne le feraient, puisque ces chaises étaient à l'évidence destinées à la revente, de plus la postulante acheteuse avait furieusement négocié les prix à la baisse.

Il y a de l'or dans la région, cependant sa possession y est vécue comme une malédiction, l'expression « ruée vers l'or » rendant bien compte à la fois de la recherche éperdue du minerai et des conséquences quant au désir de possession qu'il suscite. Chercher de l'or et le posséder rend l'homme avide et prêt à tout.

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2025-08-04T18:48:39+02:00

L'homme qui rit

Publié par Althéa

Être aveugle et amoureux, c'est être deux fois aveugle.

C'était cette minute d'anxiété préalable où il semble que les éléments vont devenir des personnes, et qu'on va assister à la transfiguration mystérieuse du vent en aquilon. La mer va être Océan, les forces vont révéler volontés, ce qu'on prend pour une chose est une âme. On va le voir. De là l'horreur. L'âme de l'homme redoute cette confrontation avec l'âme de la nature.

Éblouie, émerveillée mais aussi touchée car ayant lu quelques biographies de l'auteur, j’y ai vu plus qu’un roman.

Le 31 août 1881, Victor Hugo rédigea d’une main ferme son testament :

« Dieu. L’âme. La responsabilité. Cette triple notion suffit à l’homme. Elle m’a suffi. C’est la religion vraie. J’ai vécu en elle. Je meurs en elle. Vérité, lumière, justice, conscience, c’est Dieu. Deus, dies. »

Olympio ou La vie de Victor Hugo André Maurois

J’ai lu ce roman et du début à la fin, j’ai vu l’accord entre l’homme et l’écrivain. Sa vie, ses pensées, ses idéaux politiques mais aussi sa dualité, les deuils ainsi qu’un formidable témoignage.

Tout commence avec l’incroyable histoire des comprachicos, de la tempête et de cet enfant de dix ans Gwynplaine abandonné, perdu dans la neige en pleine nuit et je n’ai pu m’empêcher de penser à Cosette apeurée allant chercher l’eau du puits.

C’est une œuvre de maturité où nous découvrons les aristocrates, le parlement, les lois, le peuple anglais, la misère, l’injustice juste un aperçu sans commentaire sans jugement.

« Accuser est inutile. Constater suffit. »

C’est aussi la vie d’Ursus et d’Homo (clin d’œil de l’auteur) qui se sont exilés de Londres et de la folie des hommes. Ursus serait un Gwynplaine âgé, désillusionné, sage et pourtant il commettra une erreur fatale.

Gwynplaine parce qu’il n’avait rien à perdre a sauvé un bébé Déa dont la mère est morte dans la tempête. Pureté des sentiments, innocence, Déa, aveugle, ne sent que l’âme des autres. Tous deux s’aiment tendrement.

«Ils se suffisaient, ils n’imaginaient rien au-delà d’eux-mêmes ; se parler était un délice, s’approcher était une béatitude ; à force d’intuition réciproque, ils en étaient venus à l’unité de rêverie ; ils pensaient à deux la même pensée. »

Gwynplaine connaîtra la richesse, le pouvoir mais sa seule ambition sera d’aider les plus faibles, il y voit sa destinée.

« Je suis prédestiné ! J’ai une mission. Je serai le lord des pauvres. Je parlerai pour tous les taciturnes désespérés. Je traduirai les bégaiements. Je traduirai les grondements, les hurlements, les murmures, la rumeur des foules, les plaintes mal prononcées, les voix inintelligibles, et tous ces cris de bêtes qu’à force d’ignorance et de souffrance on fait pousser aux hommes. Le bruit des hommes est inarticulé comme le bruit du vent ; ils crient. Mais on ne les comprend pas, crier ainsi équivaut à se taire est leur désarmement. Désarmement forcé qui réclame le secours. Moi, je serai le Verbe du Peuple. Grâce à moi, on comprendra. Je serai la bouche sanglante dont le bâillon est arraché. Je dirai tout. Ce sera grand. »

De très beaux passages : n’est pas Victor Hugo qui veut. L’auteur s'est énormément documenté.

La fin de ce livre m’a laissé sans voix, sans mots, tant ce livre est mêlé à sa vie. Je percevais Victor Hugo et sa vie, son œuvre derrière chaque mot. J’y ai vu ses doutes quant à son engagement politique qui lui a couté l’exil et une vie familiale perturbée. Et par-dessus tout j’y ai vu cet hommage à Léopoldine, son ange, et à son gendre partis trop tôt.

_ Le roucoulement est pour les jeunes et le gémissement pour les vieux. Hélas ! Je gémis.
Éaque répliqua :
_ Soyez averti de ceci : si un malade est soigné par vous, et s'il meurt, vous serez puni de mort.
Ursus hasarda une question.
_ Et s'il guérit ?
_ En ce cas là, répondit le docteur, adoucissant sa voix, vous serez puni de mort.
_ C'est peu varié, dit Ursus.
Le docteur reprit :
_ S'il y a mort, on punit l'ânerie. S'il y a guérison, on punit l'outrecuidance. La potence dans les deux cas.
_ J'ignorais ce détail, murmura Ursus. Je vous remercie de me renseigner. On ne connaît pas toutes les beautés de la législation.

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2025-07-31T15:49:06+02:00

Écoutez nos défaites

Publié par Althéa

Et encore un très beau texte lu il y a quelques années.

Ils ne se voient pas, ne sont pas au même endroit, regardent simplement tous les deux la même mer, cette Méditerranée de sang et de joie où sont nés des mondes sans pareils, et ils s'aiment.

« La guerre est la compagne de l'homme. Elle rôde sur notre planète, ombre éternelle. Chienne aux aguets.
Elle a soif, rien ne l'étanchera. Et l'homme sera toujours volontaire pour calmer sa soif. » Sylvain Tesson Un été avec Homère
Quand j'ai lu ce texte tout à la fois magnifique et si triste par ces récits de batailles, je me serais bien vue assise sur les gradins d'un théâtre grec pour le lire face à la mer, entendre le flux, le reflux, la victoire, la défaite, les vaincus, les vainqueurs, la guerre, la paix.
Un texte intense qui montre l'impermanence de nos actions. Nous passons rapidement de prédateur à proie, de héros à personna non grata voir à éliminer si nous n'obtenons pas la victoire. Cette impression qu'il suffit de changer les noms des villes, des chefs mais qu'en fait la guerre c'est toujours la même chose : des morts, des blessés, des survivants, une victoire qui n'en est pas une au vu des pertes et des vaincus qui n'attendent que l'occasion de se venger.
Et puis, il y a aussi cette aventure d'un soir entre une archéologue et ce soldat. Un soldat doit-il obéir aux ordres, rester fidèle à sa patrie ou à ses idéaux, s'il lui en reste ? Quand aux archéologues qui fouillent des tombes, en sortent des objets pour connaître l'histoire et par amour de l'art, du beau. Ces objets appartenaient à l'histoire autrefois, mais de nos jours, ils appartiennent au temps. Et malheureusement, se trouvent devenir les jouets de la cupidité et de la folie destructrice de quelques hommes.

Écouter nos défaites, c'est accepter la vanité de nos actes, se rendre compte que nous sommes bien peu de choses. Accepter nos défaites c'est remettre ce dieu Bès, dans la terre, sa demeure d'éternité.

... "Vous, si vous trouvez cet objet, reposez-le en terre, reposez-le et passez votre chemin car il n'est pas fait pour la lumière mais pour le royaume de l'éternité." Cela l'avait assommée. Cet objet-là, qui suppliait les vivants de ne pas le prendre, était-ce cela, son métier ? Voler des objets au néant ?

Pourquoi n'y-a-t'il jamais de victoire ? Jamais de moments de joie pleins auxquels ne succède rien d'autre qu'une vie de paix à laquelle on puisse s'adonner avec douceur ?

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2025-06-30T19:13:40+02:00

Berezina

Publié par Althéa

Fous de souffrance, décharnés, gelés, mangés de vermine, ils allaient devant eux, des champs couverts de morts vers d'autres champs de linceuls. Chaque pas arraché constituait le salut en même temps que la perte. Ils marchaient et ils étaient maudits;

...

Fallait-il que Napoléon irradiât d'une force galvanique pour que ces hommes ne lui tiennent pas rancune de leur infortune et , mieux ! perdent toute amertume à son apparition !

Ils furent les grands martyrs de la Retraite. On les creva sous les charges, on les écorcha vifs, ... Personne n'a célébré la souffrance des chevaux de 1812 à la juste hauteur de leurs souffrance.
...S'il y a une innocence fauchée par la guerre, c'est bien celle des animaux : ils se seraient passés de la violence des hommes.
...Pourquoi m'avez-vous conduit ici ? Vous autres, Hommes, avez failli, car aucune de vos guerres n'est celle des bêtes. Les français possédaient près de cent cinquante mille bêtes en commençant la guerre : cent mille chevaux de trait et quarante-cinq milles montures. Les Russes en disposaient d'à peu près autant . Sur ces trois cent mille bêtes, deux cent mille moururent pendant les six mois de campagne.

Il y a ceux qui reconstituent les batailles de l'Empereur avec des soldats de plomb. Et puis il y a Sylvain Tesson qui à bord d'une Oural, aux mêmes dates, nous fait suivre la route empruntée par la grande armée.
L'auteur nous emmène sur son side-car et nous fait découvrir à l'aide de nombreux documents, le trajet suivi pour revenir en France, la description des lieux et les réflexions qu'imposent le retour sur ces hauts lieux chargés d'histoire sont émouvants, tant de détresse, de souffrances humaines et animales. Sylvain Tesson cherche d'une certaine façon des raisons pour cette guerre, ces hommes qui suivaient l'Empereur de campagnes en campagnes. A la page 203, il nous dit : " L'Empereur avait réussi une entreprise de propagande exceptionnelle. Il avait imposé son rêve par le verbe. Sa vision s'était incarnée. La France, l'Empire et lui-même étaient devenus l'objet d'un désir, d'un fantasme. Il avait réussi à étourdir les hommes, à les enthousiasmer, puis à les associer tous à son projet : du plus modeste des conscrits au mieux né des aristocrates." Les français avaient fait un rêve qui s'achevait avec la Bérézina.
C'est un livre que j'ai énormément apprécié pour les connaissances qu'il m'a apporté et puis qui n'aurait pas envie de faire la route sur une Oural, cheveux aux vents, sur les traces de l'auteur. Je me dois aussi de remercier une e amie, sans ses critiques de Sylvain Tesson, je n'aurais peut-être pas rencontré cet auteur auquel je laisse le mot de la fin :
"Qui était Napoléon ? Un rêveur éveillé qui avait cru que la vie ne suffisait pas. Qu'était l'histoire ? Un rêve effacé, d'aucune utilité pour notre présent trop petit."

_ Nous nous contenterons de répéter l'itinéraire de la Retraite.
_ En mesurant au plus profond de nous..
_ ... la charge de malheur...
_ ... la somme de souffrances...
_ ... ce que coûte en chagrin un songe de grandeur.
_ ... et ce qu'il faut de larmes pour réformer le monde.

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2025-04-12T09:43:27+02:00

Croix de cendre

Publié par Althéa

Laudes

Languedoc. Monastère de Verfeil. 11 février 1367

_ On se gèle les couilles, frère Antonin.
_ Ce ne sont pas des paroles de moine.
_ Ce ne sont pas les paroles qui font le moine, mais la vérité... et la vérité c'est qu'on se gèle les couilles.
_ Il fait effectivement très froid.
_ « Effectivement très froid...» C'est sûr, on n'a pas été élevés dans les mêmes étables, frère Antonin. Maudit froid d'Anglais.
_ Je dirais plutôt « froid de Franciscain ».
_ Ces merdeux.
Arrête, Robert.
_ Heureusement, Dieu les protège pas plus que nous et donne bonne récompense à leurs leçons de misère. Hiver maudit mais juste, on dit qu'ils crèvent comme des sauterelles, sous la bénédiction de leur chère mère nature, cette cargne...

« ….  Je te porterai comme une croix de cendre,

Une croix de vent et de néant.

Je te porterai au cœur même de ma fin, dans ma nuit,

Au point où défaite de matière et de temps

Ne subsistera de moi que la longue étreinte de ta grâce.

Et au cœur même de cette étreinte,

Le secret de ton amour et de mon éternité :

Le long désir. »

 

 Tout commence par la discussion de deux jeunes moines, qui laisse paraître une certaine animosité entre les différents ordres.

Le prieur Guillaume sentant sa mort venir à décidé d’écrire ses mémoires et de raconter les années qu’il a passé auprès de Maître Eckhart. C’est ainsi que nous allons connaître les aventures des chiens de Dieu (des dominicains) moines prêcheurs qui empruntaient la route de la soie.

A partir de ce moment une incroyable aventure nous attend qui se terminera par un bras de fer entre le prieur et un inquisiteur. Les personnages se dévoileront petit à petit.

Un Moyen-âge qui porte les stigmates de la peste, où sévit la lèpre. Différents ordres viennent en aide aux miséreux et parmi eux les fameux béguinages qui suscitent beaucoup d’animosité.

Des êtres mystiques d’une grande spiritualité comme Maître Eckart et quelques autres seront la proie des médisances et des membres de l’inquisition.

Des hommes bons seront persécutés, acculés, sombreront dans la folie ou commettront l’irréparable.

Haine, ambition, cruauté, abus de pouvoir, vengeance mais aussi loyauté tissent une œuvre romanesque de grande qualité.

Un suspense qui va crescendo et une atmosphère envoutante qui m’ont laissée scotchée au livre.

Une trame toute à la fois romanesque et historique qui nous réserve de grands moments. Je ne connaissais pas Antoine Sénanque mais quel auteur ! Quelle érudition !

Un roman à lire et à offrir assurément.

Merci aux éditions Grasset.

#Croixdecendre #NetGalleyFrance

Le plomb, c'est l'homme misérable que nous sommes lorsque nous vivons selon les désirs terrestres. L'or, c'est l'homme spirituel, enrichi de Dieu. Et la pierre philosophale qui transforme l'un en l'autre s'appelle le détachement. Lorsque tu auras abandonné la volonté d'obtenir quelque chose , tu auras gravi la première marche du détachement.

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