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litterature francaise

2024-09-24T16:42:36+02:00

Le Pays de Nulle part

Publié par Althéa

Mes filles sont en moi. Mes trois filles, les vivantes et la morte. La morte m'a laissé son souvenir, mais aussi un petit bout d'elle, dans mes veines, dans ma lymphe, dans mes os. Dans nos corps de femmes, ces cellules chimériques perdurent, une toile d'araignée qui s'étend à l'infini, de mère en fille, de fille en mère.

Le ventre vide, les mains vides et la tête pleine de ce qu’aurait du être Mê-Linh si elle avait  vécu.

Un livre que j’ai lu avec mon cœur et mes tripes qui raconte la solitude et ce deuil inacceptable, l’incompréhension et la culpabilité, une mère avec ses mots, sa souffrance.

 « La mère dont l’enfant meurt est son propre geôlier. Sa cellule est fermée à clé, une clé qu’elle a jetée au fond d’un puits.»

Il y a aussi cette surenchère sur les réseaux sociaux avec des classifications hallucinantes. Il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Les psychologues sont rafraichissantes aussi.

Avec une approche culturelle et linguistique très intéressante. Et une évocation du deuil dans différents pays.

«Certains temples au Japon organisent des cérémonies mémorielles pour les mizuko (enfants invisibles – enfants qu’on ne voit pas), les enfants- eaux. Les bébés morts, les bébés jamais nés, les bébés avortés, les bébés fausses-couches, les bébés morts trop jeunes.»

Le récit traite du Pays de Nulle part et des enfants de l’exil (petits corps échoué sur des plages), des enfants victimes du changement climatique ou de la guerre. De la difficulté à supporter cette misère au quotidien quand on est journaliste mais aussi du manque de compassion, d’intérêt de certains pour ces victimes innocentes.

Ce fut une lecture difficile, j’ai souvent eu les larmes aux yeux mais c’est aussi très beau cet amour d’une maman blessée à vie et l’histoire de cette petite fille si belle, si fragile.

« Mes filles sont en moi. Mes trois filles, les vivantes et la morte.»

Un roman de femmes fort, puissant, une quête douloureuse vers l’apaisement. Doan Bui touche à cette intimité qui nous lie toutes.

Merci aux éditions Grasset de leur confiance pour ce service de presse. Cet avis n’engage que moi.

# LepaysdeNullepart #NetGalleyFrance

 

Maman se souvient de l'enfant. Enfant manque à Maman.
Se souvenir parce qu'il nous manque quelque chose, parce qu'on est amputé.

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2024-09-08T19:49:11+02:00

Ceux du lac

Publié par Althéa

Nous sommes comme des poètes, Naya
- apatrides
Le grand Ghérasim Luca l'a dit bien avant moi : Minez vos nations, crachez sur vos nations.
Lui qui refusait passeport et papiers et qui écrivit avant de se jeter dans la Seine : Il n'y a plus de place pour les poètes dans ce monde.

« Je suis de ceux, crasseux et basanés, qu’on insulte sitôt qu’ils entrent dans l’enceinte des beaux quartiers.

Gitans, Roms, Tsiganes, chacun nous nomme par son propre venin

- voleurs, menteurs, mendiants. Sur

la langue, sur toutes les langues, la

même hargne, le même dédain. »

Le temps d’une lecture je suis devenue « ceux du lac », j’ai fait parti du clan Serban.

Les Serban sont cinq garçons, une fille, le père. Ils vivent simplement en harmonie avec une nature plutôt rude mais ils savent lire, sont libres et se refusent à vivre en ville dans un ghetto.

Ils n’ont pas grand-chose et sont heureux comme ça. Le peu qu’ils ont le ciel, le soleil, la terre, la nature, leur cabane, leur est repris pour construire une réserve. Bien qu’ils fassent parti de cet écosystème, les voir pourrait déranger la bonne conscience des visiteurs ou leur ouvrir les yeux.

Ainsi ce projet va faire d’eux des assistés, des inadaptés, rattrapés par la civilisation, sa violence, l’alcoolisme, le racisme.

Leur infortune va nous permettre de découvrir de nombreux personnages hauts en couleur qui vont témoigner de leur vie avant et après Ceaucescu.

Une mention spéciale pour Moroï qui part son regard et la confiance dont il fait preuve échappera à la mort plusieurs fois.

Des légendes, du fantastique, des secrets, une promesse tenue, un récit qui nous tient en haleine.

C’est l’occasion de découvrir un autre pan de l’histoire roumaine et de ses souffrances avec les minériades dont j’ignorais tout.

Corinne Royer fait désormais partie de ces autrices dont j’ai envie de lire d’autres romans tant pour le style que pour les sujets abordés.

Un roman qui m’a bouleversée, choquée, indignée et fait réfléchir sur notre monde et ses aberrations.

« Renoncer à la liberté et aux grands espaces, au rythme quiet des saisons inscrit dans la laitance de la lune, à la fierté de ne rien devoir à personne. » Est-ce humain d’en obliger d’autres à subir ce destin ?

Merci aux éditions du Seuil pour ce service de presse. Cette chronique n’engage que moi.

#Ceuxdulac #NetGalleyFrance

Sasho était persuadé que les hommes éloignés de la nature mouraient ainsi, dans une tritesse résignée. La mortelle-même était mortifiée de les prendre de cette manière, en cette enclave de béton où ils avaient vécu comme dans un cercueil déjà clos.

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2024-08-27T20:23:54+02:00

Échappées

Publié par Althéa

Ils sont beaux et la châtaigneraie leur appartient.
Si les femmes devaient partir, s'ils ne pouvaient plus vivre ici, tous ensemble, alors il vaudrait mieux qu'on les tue. Plutôt que de les arracher à leur forêt, à leur terre, il vaudrait mieux les noyer dans les ruisseaux, les étouffer sous un oreiller, les abattre d'une balle dans la tête. C'est ce qu'il faudrait faire, se dit Sophie, pour eux, pour nous.

Sur une île, des femmes et des enfants vivent dans une châtaigneraie sous l'œil d'Anita, protégés par des grilles.

Anita c'est la mémoire des lieux, la propriétaire de cette maison tout à la fois refuge et prison.

Au gré des saisons nous allons suivre cette "tribu".

Malgré la douceur des lieux, les récoltes, la complicité entre ces femmes, quelques réactions, quelques non-dits semblent dissimuler de lourds secrets.

Un excellent roman sur la violence des hommes, la violence des sentiments et la violence en héritage.

Une très belle description de la châtaignerie et de la vie d'autrefois comme si on y était.

Avec une fin surprenante. Une fois le livre fermé, je n'ai pu m'empêcher de penser à ces femmes qui dansent et qui boivent pour exorciser leurs peurs, oublier.

Manon Jouniaux a écrit un premier roman d'une grande maturité. Un roman viscéral mâtiné de réalisme magique, doux, poétique et violent qui est un coup de cœur pour ma part.

Je tiens à remercier les éditions Grasset pour ce service de presse.

#Echappées #NetGalleyFrance

Chaque année, à l'automne, le vent se lève, les arbres remuent leurs branches, les châtaignes dégringolent, tombent en pluie sur nos colonnes brisées. Les mains s'agitent, excitées par la quête, tâtent les filets à la recherche du fruit précieux, des piques dorées de la bogue qui chatouillent les doigts.

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2024-08-22T16:18:05+02:00

Sarah Bernhardt : le rire incassable

Publié par Althéa

Je n'aurais jamais pu écrire longtemps sur quelqu'un que je ne connais pas de quelque manière que ce soit.

Une lecture légère et spirituelle.

Une biographie sous forme de dialogues fictifs entre deux monstres sacrés.

Deux femmes : Sarah Bernhardt et Françoise Sagan ont suivi leur cœur et vécu leur vie au gré du vent sans se soucier du qu’en dira-t-on.

Qui mieux que Françoise Sagan pouvait comprendre et donner vie à Sarah Bernhardt du fond de sa tombe.

C’est malicieux, sans faux-semblants, avec quelques questions sans réponses, Sarah s’y amuse de son rire incassable. Et Françoise partage admiration, curiosité et suppositions pour la tragédienne.

 Deux temporalités, deux femmes modernes et indépendantes, de nombreux points communs dans leur vie.

Une lecture que je quitte à regret encore sous le charme de la plume de l’une et la vivacité de l’autre. Un livre à lire absolument !

Merci aux éditions Le livre de poche pour ce service de presse

#SarahBernhardtlerireincassable #NetGalleyFrance

La vie est grande et libre et drôle. La vie est étonnante. Il y a du vent, il y a des larmes, il y a des baisers, il y a des folies, il y a des envies, il y a des remords.

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2024-08-21T16:37:17+02:00

Après la brume

Publié par Althéa

Je l'ai entendue crier. Par petits groupes, les habitants se rassemblent sous les falaises, les frontales s'allument, une à une. Les motspassent des uns aux autres, battue, demain six heures. Le cri traverse le groupe. Animal, rauque, la douleur d'un membre rongé, la rage de celle qui désire le meurtre, la blessure. La détresse. Je n'ai jamais rien entendu de pareil.

Raph a disparu.

Des femmes la recherchent.

Une île avec ses sortilèges.

Après la brume est un premier roman qui je l'espère ne sera pas le dernier.

Un roman choral qui se lit d'une traite emporté par le souffle de ce récit.

L'occasion pour nous de découvrir les femmes de l'île, leurs liens, leurs vies, leurs souffrances car la mer est bien souvent synonyme de deuil et de légendes.

J'ai été séduite par le style d'Estelle Rocchitelli, phrases courtes, chapitres courts, une écriture viscérale.

Un récit à la frontière du réalisme magique, avec la nature pour écrin.

Un récit beau, poétique et inquiétant.

Je tiens à remercier Marie-Anne Lacoma des éditions Dalva qui a eu la gentillesse de m'envoyer ce service de presse.

 Un coup de cœur de la rentrée. 

 

Je pense à la tempestaire, qui parcourt les villages, bâton à la main, au bout des lèvres les derniers ragots, les querelles, les noces, les nouveaux-nés. Elle n'appartient à aucun bourg. Quand les courants l'acceptent, elle vient jusqu'à l'île pour calmer les bêtes, apaiser les moutons affolés par les bourrasques, en soufflant dans une flûte de roseau.

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