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litterature francaise

2024-10-07T12:23:24+02:00

À l'ombre de Winnicott

Publié par Althéa

« Que faites-vous ?
_ J'écrase ma cigarette.»
Il se saisit de la pierre, alla à la fenêtre qu'il ouvrit et jeta cendres et mégot au-dehors. Lorsqu'il revint vers son épouse, il demanda, en brandissant l'objet du délit :
« Où avez-vous trouvé cela ?
_ Dans votre cabinet de travail. Je cherchais un cendrier.
_ Un cendrier ? s'étrangla Archie.
Pour votre gouverne, très chère, ce "cendrier", comme vous dites, est un fossile qui a, approximativement entre quatre-vingt-dix et cent millions d'années.»
Lucille regarda l'objet d'un autre œil tandis que celui d'Archie frisait.
« Vous êtes impossible ! Mes journées à Khorsabad vont être bien plates sans vous.»

Voyant passer des critiques élogieuses de Christian Niemiec et Ludovic Manchette, il ne manquait qu’une histoire de fantômes dans un manoir pour me jeter à l’eau. C’est chose faite, j'en ressors enchantée et une fois le livre fermé, voici mon ressenti succinct car les critiques abondent.

 Tout démarre de façon classique dans un manoir où d’étranges phénomènes se produisent, je l’ai lu avec le sourire et parfois des fous-rires tant les auteurs n’ont pas  lésiné sur les clichés : pièce secrète, déplacements de meubles, flaques d’eau, portraits qui vous suivent des yeux, séance de spiritisme et encore plus…

Les habitants du manoir sont incroyables : Mr Talbott,  pince sans-rire, sceptique, Pearl qui commet impair sur impair avec Georges le jeune enfant aveugle, il y a aussi l’amour que se portent ses parents.

L’histoire est aussi portée par l’amitié indéfectible entre deux êtres bouleversants et éprouvés : Viviane et Georges. Leur rencontre déterminera toute leur vie.

J’ai adoré cette histoire légère au début qui prend de la substance sur le dernier tiers avec la correspondance de Georges et Viviane, le deuil qui afflige les occupants du manoir, le départ de ses habitants indésirables et l’amour porté à ce manoir par tous.

Une fin fantastique sur l’empreinte que nous laissons après notre mort. Un roman bouleversant.

N’hésitez pas le Sussex, Winnicott Hall et ses habitants vous attendent.

Merci au cherche midi éditeur pour ce service de presse.

Et comme d’habitude cet avis ne concerne que moi.

#AlombredeWinnicottrentréelittéraire2024 # NetGalleyFrance

Ruby et Pearl ont encore fait des leurs. Avant-hier soir, elles se sont mises à pousser des cris d'orfraie dans leur chambre. J'ai accouru, le cœur battant, et je les ai trouvées livides comme j'ignorais qu'on pouvait l'être et pour cause : elles venaient de s'appliquer un masque à la farine ! Elles m'ont fait une de ces peurs... Et devine ce qui les terrorisait : une simple araignée !

Très prochainement je vais lire Alabama 1963 dont je vous parlerai aussi.

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2024-10-03T15:18:27+02:00

Une cuillerée de miel

Publié par Althéa

Si vous vous sentez une envie d'escapade dans le Lubéron, ce roman est pour vous. Gilles La Carbona excelle dans les descritions du midi.

Ensemble ils allèrent sur le plateau de Valensole, une étendue de calcaire cultivée essentiellement de lavandes. Une marée bleue unique à perte de vue. Un spectacle de carte postale où tous les tons se mélangent du clair pastel à l'indigo, toutes les nuances dansent sous le ciel céruléen. La chevelure hérissée des pieds de lavandes dressant fièrement au ciel leurs épis colorés, embaumant l'atmosphère, régalant les abeilles et les yeux du promeneur nonchalant. Dans le bourdonnement des insectes, à la faveur d'un vent léger balayant les fleurs.

Tout à la fois roman contemporain et roman régional.

Ça pulse les senteurs, les teintes et la douceur de vivre du midi.

Le Mas de Lauzet est un gite tenu par Honorine, une sacrée bonne femme au franc-parler et au lourd secret. Se voyant vieillir celle-ci cherche un gérant qui l'aidera et s'occupera de son trésor, ses abeilles…

Thomas que son amie vient de quitter éprouve le besoin d'un grand changement et répond à l'annonce d'Honorine.

Éva, pianiste de renom, vient au Mas en quête des origines de sa maman. Depuis peu elle a repris sa vie en main.

Le onzième roman de Gilles La Carbona m'a charmé par ses thèmes : changer de vie, choisir sa fin de vie, connaître ses origines. Comme toujours l'auteur fait preuve d'une grande justesse de ton dans les rapports des différents personnages.

Une histoire douce comme une cuillerée de miel, à savourer sans modération.

Et un coup de coeur pour Honorine.

Elle l'entraina sur la terrasse. De ce promontoire ils dominaient toute la plaie de la Durance.
Au fond un timide et scintillant ruban bleu serpentait à travers un lit blanc de galets. Au loin les sommets des Alpes enneigées se détachaient sous un ciel céruléen.
_ Regardez, écoutez. Ça fait plus de 60 ans que mes yeux se posent sur ces paysages, sans jamais se lasser ni trouver de laideur dans ces courbes, ces couleurs, ces impressions. Toute cette solitude me parle, elle en fera autant avec vous.

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2024-09-24T16:42:36+02:00

Le Pays de Nulle part

Publié par Althéa

Mes filles sont en moi. Mes trois filles, les vivantes et la morte. La morte m'a laissé son souvenir, mais aussi un petit bout d'elle, dans mes veines, dans ma lymphe, dans mes os. Dans nos corps de femmes, ces cellules chimériques perdurent, une toile d'araignée qui s'étend à l'infini, de mère en fille, de fille en mère.

Le ventre vide, les mains vides et la tête pleine de ce qu’aurait du être Mê-Linh si elle avait  vécu.

Un livre que j’ai lu avec mon cœur et mes tripes qui raconte la solitude et ce deuil inacceptable, l’incompréhension et la culpabilité, une mère avec ses mots, sa souffrance.

 « La mère dont l’enfant meurt est son propre geôlier. Sa cellule est fermée à clé, une clé qu’elle a jetée au fond d’un puits.»

Il y a aussi cette surenchère sur les réseaux sociaux avec des classifications hallucinantes. Il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Les psychologues sont rafraichissantes aussi.

Avec une approche culturelle et linguistique très intéressante. Et une évocation du deuil dans différents pays.

«Certains temples au Japon organisent des cérémonies mémorielles pour les mizuko (enfants invisibles – enfants qu’on ne voit pas), les enfants- eaux. Les bébés morts, les bébés jamais nés, les bébés avortés, les bébés fausses-couches, les bébés morts trop jeunes.»

Le récit traite du Pays de Nulle part et des enfants de l’exil (petits corps échoué sur des plages), des enfants victimes du changement climatique ou de la guerre. De la difficulté à supporter cette misère au quotidien quand on est journaliste mais aussi du manque de compassion, d’intérêt de certains pour ces victimes innocentes.

Ce fut une lecture difficile, j’ai souvent eu les larmes aux yeux mais c’est aussi très beau cet amour d’une maman blessée à vie et l’histoire de cette petite fille si belle, si fragile.

« Mes filles sont en moi. Mes trois filles, les vivantes et la morte.»

Un roman de femmes fort, puissant, une quête douloureuse vers l’apaisement. Doan Bui touche à cette intimité qui nous lie toutes.

Merci aux éditions Grasset de leur confiance pour ce service de presse. Cet avis n’engage que moi.

# LepaysdeNullepart #NetGalleyFrance

 

Maman se souvient de l'enfant. Enfant manque à Maman.
Se souvenir parce qu'il nous manque quelque chose, parce qu'on est amputé.

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2024-09-08T19:49:11+02:00

Ceux du lac

Publié par Althéa

Nous sommes comme des poètes, Naya
- apatrides
Le grand Ghérasim Luca l'a dit bien avant moi : Minez vos nations, crachez sur vos nations.
Lui qui refusait passeport et papiers et qui écrivit avant de se jeter dans la Seine : Il n'y a plus de place pour les poètes dans ce monde.

« Je suis de ceux, crasseux et basanés, qu’on insulte sitôt qu’ils entrent dans l’enceinte des beaux quartiers.

Gitans, Roms, Tsiganes, chacun nous nomme par son propre venin

- voleurs, menteurs, mendiants. Sur

la langue, sur toutes les langues, la

même hargne, le même dédain. »

Le temps d’une lecture je suis devenue « ceux du lac », j’ai fait parti du clan Serban.

Les Serban sont cinq garçons, une fille, le père. Ils vivent simplement en harmonie avec une nature plutôt rude mais ils savent lire, sont libres et se refusent à vivre en ville dans un ghetto.

Ils n’ont pas grand-chose et sont heureux comme ça. Le peu qu’ils ont le ciel, le soleil, la terre, la nature, leur cabane, leur est repris pour construire une réserve. Bien qu’ils fassent parti de cet écosystème, les voir pourrait déranger la bonne conscience des visiteurs ou leur ouvrir les yeux.

Ainsi ce projet va faire d’eux des assistés, des inadaptés, rattrapés par la civilisation, sa violence, l’alcoolisme, le racisme.

Leur infortune va nous permettre de découvrir de nombreux personnages hauts en couleur qui vont témoigner de leur vie avant et après Ceaucescu.

Une mention spéciale pour Moroï qui part son regard et la confiance dont il fait preuve échappera à la mort plusieurs fois.

Des légendes, du fantastique, des secrets, une promesse tenue, un récit qui nous tient en haleine.

C’est l’occasion de découvrir un autre pan de l’histoire roumaine et de ses souffrances avec les minériades dont j’ignorais tout.

Corinne Royer fait désormais partie de ces autrices dont j’ai envie de lire d’autres romans tant pour le style que pour les sujets abordés.

Un roman qui m’a bouleversée, choquée, indignée et fait réfléchir sur notre monde et ses aberrations.

« Renoncer à la liberté et aux grands espaces, au rythme quiet des saisons inscrit dans la laitance de la lune, à la fierté de ne rien devoir à personne. » Est-ce humain d’en obliger d’autres à subir ce destin ?

Merci aux éditions du Seuil pour ce service de presse. Cette chronique n’engage que moi.

#Ceuxdulac #NetGalleyFrance

Sasho était persuadé que les hommes éloignés de la nature mouraient ainsi, dans une tritesse résignée. La mortelle-même était mortifiée de les prendre de cette manière, en cette enclave de béton où ils avaient vécu comme dans un cercueil déjà clos.

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2024-08-27T20:23:54+02:00

Échappées

Publié par Althéa

Ils sont beaux et la châtaigneraie leur appartient.
Si les femmes devaient partir, s'ils ne pouvaient plus vivre ici, tous ensemble, alors il vaudrait mieux qu'on les tue. Plutôt que de les arracher à leur forêt, à leur terre, il vaudrait mieux les noyer dans les ruisseaux, les étouffer sous un oreiller, les abattre d'une balle dans la tête. C'est ce qu'il faudrait faire, se dit Sophie, pour eux, pour nous.

Sur une île, des femmes et des enfants vivent dans une châtaigneraie sous l'œil d'Anita, protégés par des grilles.

Anita c'est la mémoire des lieux, la propriétaire de cette maison tout à la fois refuge et prison.

Au gré des saisons nous allons suivre cette "tribu".

Malgré la douceur des lieux, les récoltes, la complicité entre ces femmes, quelques réactions, quelques non-dits semblent dissimuler de lourds secrets.

Un excellent roman sur la violence des hommes, la violence des sentiments et la violence en héritage.

Une très belle description de la châtaignerie et de la vie d'autrefois comme si on y était.

Avec une fin surprenante. Une fois le livre fermé, je n'ai pu m'empêcher de penser à ces femmes qui dansent et qui boivent pour exorciser leurs peurs, oublier.

Manon Jouniaux a écrit un premier roman d'une grande maturité. Un roman viscéral mâtiné de réalisme magique, doux, poétique et violent qui est un coup de cœur pour ma part.

Je tiens à remercier les éditions Grasset pour ce service de presse.

#Echappées #NetGalleyFrance

Chaque année, à l'automne, le vent se lève, les arbres remuent leurs branches, les châtaignes dégringolent, tombent en pluie sur nos colonnes brisées. Les mains s'agitent, excitées par la quête, tâtent les filets à la recherche du fruit précieux, des piques dorées de la bogue qui chatouillent les doigts.

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