Fascinant Borgès !
Le miracle secret
Un bibliothécaire aux lunettes noires lui demanda : « Que cherchez-vous ? » Hladik répliqua : «Je cherche Dieu. » Le bibliothécaire lui dit : «Dieu est dans l'une des lettres de l'une des pages de l'un des quatre cent mille tomes du Clementinum. Mes parents et les parents de mes parents ont cherché cette lettre ; je suis devenu aveugle à force de la chercher. »
Le jardin aux sentiers qui bifurquent
Je me rappelai aussi cette nuit qui se trouve au milieu des Mille et Une Nuits, quand la reine Schéhérazade (par une distraction magique du copiste) se met à raconter textuellement l'histoire des Mille et Une Nuits, au risque d'arriver de nouveau à la nuit pendant laquelle elle la raconte, et ainsi à l'infini.
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On le lit, on le relit, on est sous hypnose.
Jorge Luis Borges se joue du temps et de ses lecteurs mais avant tout il se fait plaisir et ça se sent. N'étant ni rationnelle, ni cartésienne ses nouvelles ont tout pour me plaire.
Nous entrons dans une sorte de quatrième, réel-irréel, miroir-autre côté du miroir, perception, rêve, monde parallèle, tout ouvre la porte à un nouveau jeu, à une autre perception.
Que de labyrinthes (est-ce du à sa cécité), symbolisme, litanies de livres, Jorge Luis Borges était bibliothécaire et les références ne manquent pas.
Dans Le jardin des sentiers qui bifurquent, quelques nouvelles s'apparentent à des casse-tête chinois, d'autres sont très poétiques et certaines finissent sur une chute qui remet tout en question.
Avec Artifices tout devient plus simple.
Le miracle secret : distorsion temporelle ou pas ? C'est excellent.
Dans Le sud : un livre peut changer votre vie, que de malice.
Les lectures de Jorge Luis Borges sont exponentielles, l'histoire semble changer, s'étoffer à chaque relecture et si l'auteur avait réussi à créer un livre infini ?
Le miracle secret
Quand il s'éveilla , le monde était toujours immobile et sourd. La goutte d'eau était toujours sur sa joue ; dans la cour, l'ombre de l'abeille ; la fumée de la cigarette qu'il avait jetée n'en finissait pas de se dissiper. Un autre « jour » passa avant que Hladik eût compris.
Il avait sollicité de Dieu une année entière pour terminer son travail : l'omnipotence divine lui accordait une année.Dieu opérait pour lui un miracle secret : le plomb germanique le tuerait à l'heure convenue ; mais, dans son esprit, une année s'écoulerait entre l'ordre et l'exécution de cet ordre.
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