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nouvelles

2025-11-19T08:35:22+01:00

Lèvres rouges, langue verte

Publié par Althéa

Une superbe couverture, un prix Nobel de littérature, la Chine, de quoi attiser votre curiosité.

Le Comité révolutionnaire du district lui avait demandé de faire une intervention pour les représentants des paysans pauvres gérant le lycée de tout le district et voilà ce qu'il avait dit « En fait ce n'est pas une question d'expérience, en quelques mots : il s'agit d'empêcher les descendants des propriétaires terriens, des paysans riches, des contre-révolutionnaires, des mauvais éléments et des droitistes d'aller à l'école et de savoir lire, cela est valable non seulement pour leurs enfants et petits-enfants, mais aussi pour les générations suivantes, de cette façon, la couleur de notre pays ne changera pas.»

_ Tu veux te battre comment ? À la civile ou à la militaire* ?
_ De quoi tu parles ? Je me bats à mort !

* Allusion à une directive de Mao enjoignant aux Gardes rouges de se battre à la civile (par le verbe) et non à la militaire (par la violence armée).

Mo Yan est prix Nobel de littérature, ses nouvelles sont traduites du chinois par Chantal Chen-Andro et François Sastourné. Si je ne cours pas après les prix, la Chine, sa culture et sa littérature m'ont toujours fascinée, d'où mon intérêt pour cet auteur que je ne connaissais pas.

Il s'agit d'un recueil de nouvelles qui pourraient s'apparenter à des chroniques.

Mo-Yan nous conte des histoires du village de Gaomi dont il est originaire avant et après  la révolution, c'est passionnant d'un point de vuez sociétal et historique. Et c'est jubilatoire.
Mes préférées sont : La faucille pour gaucher, Grande Paix sous le ciel, Lèvres rouges, Langue Verte et la touchante La torche et le sifflet. 

Ces récits sont souvent cocasses, traitent de nombreux thèmes :  pollution, industrialisation, réseaux sociaux, disparition des coutumes et des anciens prénoms.

On y voit aussi a quel point la transition Chine d'hier et d'aujourd'hui n'a pas tout réglé, les vieilles rancœurs perdurent, paysans-nantis, Chinois-Japonais, corruption et abus de pouvoir aussi.
Ces nouvelles servent de réflexion sur la révolution qui comme partout fait souffrir les plus faibles, 36 millions de personnes sont mortes de faim dans les années 50.

Une approche de la culture chinoise.








 

Un moineau, une cigale dans le bec, passe haut dans les airs. L'insecte se débat, poussant des stridulations aiguës. Petit Ao entend la colère de la cigale, son refus de se laisser faire, une si grosse cigale, capturée par un si petit moineau, comment pourrait-elle se résigner ? Comme il fallait si attendre, elle se dégage du bec de l'oiseau et, tout en criant, se glisse dans le ciel. Jamais l'enfant n'aurait imaginé que les cigales pouvaient voler si haut.a

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2025-08-28T13:29:16+02:00

Le bruit du rêve contre la vitre

Publié par Althéa

«Je ne sais pas si tu es un polyamoureux mais ce qui est sûr, c'est que tu es un mono-connard !».

Le père fabriquait les pipes, la mère s'occupait des finitions et les enfants qui grandissaient dans l'échoppe, tenaient la caisse En ce temps-là, si la vie était plus rude, elle était aussi plus simple : l'école permettait d'apprendre à lire et à compter mais c'est dans l'atelier qu'on découvrait la vie qui nous attendait, patiente, comme une chatte devant le trou d'une souris, certaine que sa proie ne pourrait lui échapper. À quinze ans, on savait confectionner une pipe en intégralité. Les dix années suivantes étaient consacrées au perfectionnement du geste puis les parents mouraient et, à son tour, on prenait la place qui nous revenait naturellement depuis toujours dans l'ordre des choses.

Un recueil de nouvelles, qui raconte le confinement et ceux qui l’ont vécu.

Je l’ai lu en prenant mon temps, en savourant cette écriture fluide, toute en finesse et rafraichissante.

J’ai beaucoup aimé, je me suis même amusée et puis quel talent !

Toutes les nouvelles montrent différentes facettes et nous touchent ou pas. On y voit des êtres perdus, en quête de sens, de reconnaissance, chacun essaie de tirer son épingle du jeu mais on voit aussi que « chassez le naturel, il revient au galop » et nos petits travers sont bien présents. Le confinement passé, ce sera un retour aux habitudes pour beaucoup.

Solitude, apparence, fantaisie, routine, de nombreux thèmes traités avec humour, ironie, cynisme et bienveillance.

Mes préférées :

Les murs porteurs

Le chemin de l’école

Le bruit du rêve contre la vitre

Sauvage

Marée noire

M’ont amusée :

Intégration

Fashion faux pas

Fermentation lente

Je n’ai pas aimé :

Verre solitaire

Axel Sénéquier est un auteur éclectique au style contemporain, aux expressions bien loin des clichés mais si justes et belles. Des dialogues avec des mots du quotidien, d’une grande modernité, Axel Sénéquier a un grand talent d’observateur de la nature humaine. Dans un tout autre registre, j’ai lu « Décrochez les étoiles : Une invitation à se lancer et vivre ses rêves ».

Je ne peux que remercier l’auteur pour un excellent service de presse.

 

« Vous êtes en détresse respiratoire, m'a dit le médecin pendant qu'on me poussait dans le véhicule. Il faut vous transférer d'urgence à l'hôpital. »
J'eu la sensation d'être une baguette qu'on enfournait.

« Pour un relooking, lui avait-il demandé, qu'est-ce que vous me conseilleriez de changer ? La technique d'approche ou le sourire ?
_ Je ne m'occupe que des vêtements.
_ Les vêtements sont du papier cadeau. Chez vous ils mettent en valeur, chez moi ils cachent la misère.
_ Vous n'avez pas l'air particulièrement dans la misère.» Elle avait esquissé un sourire. « Et le plaisir du papier cadeau, c'est qu'on le déchire... »

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2025-08-18T08:35:07+02:00

Fictions

Publié par Althéa

Fascinant Borgès !

Le miracle secret

Un bibliothécaire aux lunettes noires lui demanda : « Que cherchez-vous ? » Hladik répliqua : «Je cherche Dieu. » Le bibliothécaire lui dit : «Dieu est dans l'une des lettres de l'une des pages de l'un des quatre cent mille tomes du Clementinum. Mes parents et les parents de mes parents ont cherché cette lettre ; je suis devenu aveugle à force de la chercher. »

Le jardin aux sentiers qui bifurquent

Je me rappelai aussi cette nuit qui se trouve au milieu des Mille et Une Nuits, quand la reine Schéhérazade (par une distraction magique du copiste) se met à raconter textuellement l'histoire des Mille et Une Nuits, au risque d'arriver de nouveau à la nuit pendant laquelle elle la raconte, et ainsi à l'infini.

On le lit, on le relit, on est sous hypnose.

Jorge Luis Borges se joue du temps et de ses lecteurs mais avant tout il se fait plaisir et ça se sent. N'étant ni rationnelle, ni cartésienne ses nouvelles ont tout pour me plaire.

Nous entrons dans une sorte de quatrième, réel-irréel, miroir-autre côté du miroir, perception, rêve, monde parallèle, tout ouvre la porte à un nouveau jeu, à une autre perception.

Que de labyrinthes (est-ce du à sa cécité), symbolisme, litanies de livres, Jorge Luis Borges était bibliothécaire et les références ne manquent pas.

Dans Le jardin des sentiers qui bifurquent, quelques nouvelles s'apparentent à des casse-tête chinois, d'autres sont très poétiques et certaines finissent sur une chute qui remet tout en question.

Avec Artifices tout devient plus simple. 

Le miracle secret : distorsion temporelle ou pas ? C'est excellent.

Dans Le sud : un livre peut changer votre vie, que de malice.

Les lectures de Jorge Luis Borges sont exponentielles, l'histoire semble changer, s'étoffer à chaque relecture et si l'auteur avait réussi à créer un livre infini ? 

Le miracle secret

Quand il s'éveilla , le monde était toujours immobile et sourd. La goutte d'eau était toujours sur sa joue ; dans la cour, l'ombre de l'abeille ; la fumée de la cigarette qu'il avait jetée n'en finissait pas de se dissiper. Un autre « jour » passa avant que Hladik eût compris.
Il avait sollicité de Dieu une année entière pour terminer son travail : l'omnipotence divine lui accordait une année.Dieu opérait pour lui un miracle secret : le plomb germanique le tuerait à l'heure convenue ; mais, dans son esprit, une année s'écoulerait entre l'ordre et l'exécution de cet ordre.

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2025-07-25T09:23:24+02:00

Maître et serviteur

Publié par Althéa

Une nouvelle rafraîchissante de cent pages d'un de mes auteurs préférés. 

Les traces des patins étaient aussitôt recouvertes par la neige que chassait le vent, et l'on ne pouvait distinguer la route que parce qu'elle était plus élevée que la plaine qu'elle traversait. Des tourbillons de neige couraient sur les champs, et l'on ne discernait plus la ligne où le ciel et la terre se rejoignent. La forêt de Tiliatino, qu'on distingue toujours très bien, ne se faisait entrevoir que par instants comme une tâche noirâtre à travers la neige poussiéreuse. Le vent venait de gauche, chassant obstinément vers la droite la crinière de Bai et sa queue bien fournie, serrée en un gros noeud. Le long col de Nikita, qui était assis sous le vent, se collait à son nez et à sa joue.

Toute la maestria de Tolstoï en cent pages.
Nous voici partis en traîneau, pris dans une violente tempête, la nuit tombe, le chemin est recouvert par la neige, le vent souffle en bourrasque, nous avons froid, nous nous inquiétons mais par chance nous arrivons dans un village.
Seulement, dans cet attelage, Vassili Andréitch n'a qu'une obsession conclure une affaire le plus rapidement possible. Il ne pense qu'à ses futurs profits. Les villageois lui conseillent d'attendre mais rien à faire, les voilà repartis dans la tourmente. Soumis son domestique Nikita l'accompagne et le sert de son mieux grâce à sa connaissance de la nature.
Dans ce récit, Tolstoï nous montre à quel point, l'homme est impuissant face à la nature, Vassili Andréitch l'apprendra à ses dépens et réalisera trop tard qu'il ne maîtrise que peu de choses. C'est aussi une belle leçon de lâcher-prise car Nikita, son serviteur, sait qu'il n'a pas grand-chose à perdre et accepte l'idée de sa mort tout en plaignant son maître, qui lui, à tant à perdre.
Toute la finesse de Tolstoï dans ces deux portraits où finalement le maître finit par réaliser qu'il a une vie à charge.
Une réflexion sur l'importance de la vie, la sienne et celle des autres.

La pensée de mourir cette même nuit ne lui parut ni trop regrettable, ni trop effrayante. Pas trop regrettable, parce que sa vie était loin d'être une fête continuelle, mais une servitude incessante au contraire et dont il commençait à se fatiguer ; pas trop effrayante, parce qu'outre les maîtres, comme Vassili Andréitch, au service desquels il se trouvait ici-bas, il se sentait soumis au Maître des maîtres, à celui qui l'avait envoyé sur cette terre, et il savait qu'en mourant il resterait encore au pouvoir de ce maître qui ne le molesterait pas.

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2025-07-19T16:08:58+02:00

Coïncidences

Publié par Althéa

Un auteur à rebours, comme dirait Huismans, dont le génie littéraire sera salué par les grands, de Lamartine à Baudelaire.
Un penseur déconcertant dont la postérité nous parviendra grâce aux simples initiales ... d'un biscuit maternel.

 

Un coup de cœur pour six nouvelles.

Un voyage dans le temps et l'espace.

Un très beau style, de belles descriptions.

Bastien Miquel nous emmène aux portes du fantastique. 

1685 et 1792 parfois notre destinée se scelle dans le passé.

1964 quand une perte devient une chance

1571 Marie de Médicis déjouera-t-elle une prédiction ?

Vienne 1913, le nouveau monde croise l'ancien monde.

2014, on lui a reproché de trop accorder sa confiance. Sera-t-elle à nouveau victime ?

Des histoires aux fins surprenantes. Alors coïncidences ou pas, à vous de voir.

Merci à Bastien Miquel pour ce service de presse via Simplementpro.

 

 

 

Pour ma part, et avant de prendre la plume au sujet de Lonlong, il ne subsistait de cette histoire que le portrait souriant d'un aïeul, une de ces vieilles photos jaunies par les ans qui se perdent aussi mystérieusement que les êtres, avant bien sûr que la mémoire ne les fasse surgir de quelque fond de tiroir.

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