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essai

2026-03-10T21:01:02+01:00

La fêlure

Publié par Althéa

C'est peut-être cela la fêlure dans le visage de Duras : ce qui était offert sans raison se trouve d'compté, pesé, exposé et vendu. La beauté devient une offrande, un marchandage sordide. La beauté d'un visage peut donner lieu à une honte plus qu'à une fierté. La beauté peut-être une malédiction plus qu'un privilège. Elle peut dévorer, hypnotiser, et conduire au ravissement. Il suffit d'un regard. Son histoire avec l'amant chinois, Huynh Thuy Lê, commence vers ses quinze ans et demi. [...] La mère accepte tacitement cette liaison transgressive dans l'espoir qu'il aide financièrement la famille.

De quoi ou de quelle image de toi étais-tu ivre pour oublier ta verticalité dans la chute ? Quel vide cherchais-tu à éviter pour que le réel te cogne en retour ?

« Comme la lune en cristal, les êtres se brisent, tombent, se cassent, se recollent un peu, ou ne se recollent pas du tout et deviennent fragiles, infirmes en morceaux. On ne peut presque plus les tenir et ils supportent mal la moindre variation de température ou de mouvement. Certains apprennent à faire avec ce qui est cassé en eux et d’autres ne s’en accommodent jamais. »

Très belle écriture sensible, empathique. L’émotion est palpable chez Charlotte Casiraghi et ça me plaît.

À travers la vie de nombreux auteurs connus et d’autres un peu moins mais que j’ai très envie de lire notamment Anne Dufourmantelle. L’auteure passe à la loupe leurs blessures, les analyse, les dissèque.

Cet essai nous ramène à nos fragilités mais aussi à celles de nos proches et apporte une autre vision, une autre compréhension. Ce texte a une grande résonnance en nous si nous prenons le temps de réfléchir, de méditer, il mérite d’être relu de temps à autre.

Charlotte Casiraghi nous offre un récit d’une grande profondeur, j’ai été particulièrement touchée en tant que maman par un passage :

« Je voudrais t’épargner la cassure, que tu ne sois jamais blessé, meurtri. Que tu traverses le monde sans heurt. Tu me déstabilises car je sais que c’est vain. Je te regarde comme un cristal fragile que je tiendrais entre mes mains. Je voudrais empêcher les chocs, arrêter le temps, éviter le moindre éclat. Ce qu’on voudrait éviter, c’est peut-être ce qui lui permettra d’aimer, de penser, de créer, de comprendre. »

Et c’est certainement ce qui a servi de terreau aux œuvres de Georges Sand, d’Honoré de Balzac, de Maya Angelou, de Pascal et de bien d’autres.

Ce livre est un coup de cœur et je remercie les éditions Julliard de leur confiance.

#LaFêlure # NetGalleyFrance

Cette attente démesurée de l'amour est en partie liée à l'histoire transgressive et passionnée de ses parents, achevée dans le fracas et la douleur. Son père meurt d'une chute de cheval alors qu'elle n'a que quatre ans. Ce n'est pas seulement un drame personnel, mais un basculement de son monde : le père, figure d'aventure et de liberté, disparaît brusquement en laissant place à une forme d'idéalisation dans le cœur d'Aurore Dupin.

En réalité Pascal cherche à appuyer sur la fêlure pour qu'ele ne puisse plus se refermer. Elle n'est plus une simple cassure légère ou un avertissement devant notre fragilité, mais une entaille au fond de laquelle se creuse un gouffre d'où peut filtrer la grâce.

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2026-03-04T21:07:06+01:00

Un violent désir de chaleur humaine

Publié par Althéa

Ce que l'on sait aussi, c'est que les deux tiers des messages haineux qui circulent sur les réseaux sociaux sont postés en dehors des heures de travail, entre dix-huit heures et neuf heures du matin. Avec des pics identifiés entre vingt-trois heures et sept heures. La violence pour tromper l'ennui. La haine comme hobby.

Chaque pouce, chaque cœur dit que je suis intéressante.
Je trouve d'autres gens pour être d'accord avec moi.
Ils likent.
Je me sens validée.
J'en veux toujours plus.
J'aime être intéressante.

« La meute est un être collectif qui permet à chaque membre de se sentir individuellement irresponsable de ses actes. »

C’est un état des lieux de nos chers réseaux sociaux  dressé en courts chapitres, au style fluide et ironique dont le contenu manque de profondeur. À vous de juger.

Voir le nombre de vies dépendant de ce business m’a sidérée.

L’ utilisateur :

« Tu vas mourir »

« Je vais te violer » et autres banalités…

Le modérateur :

« Il deviendra sujet à l’anxiété, à l’insomnie, à l’épuisement, aux attaques de panique, aux troubles alimentaires, à l’addiction, à la dépression. »

Les influenceurs :

« Les réseaux sociaux n’ont fait qu’agrandir ma faille, mon besoin insatiable de reconnaissance… »

 Ceux qui nous fournissent ce Graal :

Le coltan matériau utile à la fabrication de notre jouet préféré « alimente trafics, rackets, conflits armés, prolifération de milices, travail des enfants, esclavage, déplacement de population, massacres, viols systématiques des femmes et des enfants. »

Jeu des apparences, haine et culpabilité car en fin de texte il est dit que nous cherchons ce qui nous arrive.

« Mais qu’as-tu fait ? »

Et là je ne suis pas du tout d’accord. Si la haine est le fait de quelques personnes j’ai bien l’impression qu’elles se regroupent sur ces dits réseaux pour se conforter sur leur « normalité ». Me vient en tête, un certain dicton : « Qui se ressemble, s’assemble ».

Et puis avec cynisme, ironie, humour, Tanya de Montaigne ajoute et là, je m’insurge :

« De tout temps, quand le monde vacille, ça n’est pas vers l’amour, la paix, la gentillesse, la justice, la démocratie que regardons. Non, d’ailleurs toutes ces valeurs nous les plaçons naturellement du côté de l’utopie, du vœu pieux, de l’aspiration sympathique et un peu niaise ».  Et c’est bien pour ça que certains ne perdent pas leur temps sur les réseaux sociaux.

Pour finir l’auteure qui ne manque définitivement pas d’humour, nous propose sa solution qui vaut ce qu’elle vaut :

« Alors il est temps de solder ces fantasmes d’exceptionnel, de spectaculaire, d’en finir avec la tyrannie de la merveille, d’assumer d’être résolument

Ordinaire,

profondément banal,… » encore un jeu des apparences du moins je l’espère !

Ce livre est tout à la fois un avertissement à fuir les réseaux sociaux et une histoire de ces dits réseaux dont j’ignorais presque tout.

Personnellement il me faut admirer une culture, un savoir, un style, des valeurs  pour que je like. Et vous ?

Merci aux éditions Grasset

#Unviolentdésirdechaleurhumaine # NetGalleyFrance

Toujours préférer « Je sais tout » à « Je ne sais pas ». L'essentiel est de prononcer vite, le plus vite possible pour ne pas rester à la traîne de la calvacade numérique, pour ne pas perdre sa place.

Suivre. Liker. Juger. Suivre. Liker. Juger.

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2025-10-03T09:03:39+02:00

Ambition morale

Publié par Althéa

Rejoignez le « Poudlard des bienfaiteurs »

Imaginez une école qui formerait chaque année une classe entière d'idéalistes déterminés, à l'image de Rob Mather et Rosa Parks. Une académie qui vous apprendrait à lancer votre propre mouvement pour changer radicalement le monde. Un véritable incubateur où l'on vous enseignerait à éviter les pièges du « Bon Perdant » et à transformer votre ambition morale en réalisations concrètes et tangibles.
De tels établissements existent-ils ? La réponse est oui.

Un titre étonnant car l'ambition et la morale sont-elles compatibles ?

C'est un titre intriguant et ça nous amène à un essai dérangeant auquel je n'ai pas adhéré.

En fait il y a trop de discrimination à mon goût, Gandhi, Matthieu Ricard sont dans la ligne de mire. Pourtant, le premier avait l'ambition de libérer son pays, le second veut le bonheur de tous les êtres, alors ?

Après, autres injonctions : ce livre est fait pour les plus jeunes, si vous possédez un labrador, une pelle à tarte dans votre cuisine ou un robot tondeuse dans votre jardin, vous êtes probablement une cause perdue. Ça se complique !

Puis après on apprend que Rosa Park était une activiste et viennent ensuite de nombreux exemples de personnes dont j'ignorais l'existence.

À en croire Rutger Bregman, il faudrait investir dans des études et trouver ce que nous voulons protéger que ce soit pour la planète, les hommes, les animaux, le climat, mais avons nous le luxe de perdre du temps ? Ne vaut-il pas mieux se lancer dans l'action ?

Le chapitre auquel j'ai adhéré est celui qui parle d'élargir son sens moral : passer du nous à tous les êtres vivants. Peut-être plutôt que de créer une école privée vaudrait-il mieux élever les enfants dans cette optique et leur demander ce qu'il voudrait améliorer car la vérité sort de la bouche des enfants.

Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas une adepte de cette Ambition morale. Je suis un colibri (si vous avez lu Piere Rabhi, vous comprendrez), je crois à l'empathie, à la compassion et aux efforts que nous faisons pour améliorer le monde. Peut-être est-ce une vision trop simpliste ?

Mon seul conseil est qu'il vous faut lire ce livre car je suis passée à côté.

De Rutger Bregman, j'avais lu Humanité Une histoire optimiste.

Merci aux éditions du Seuil et à Babelio pour cette lecture instructive.

L'interrogation de Bentham - jusqu'où sommes-nous prêts à étendre notre cercle moral ? - est au cœur du débat sur les droits des animaux. Personne n'y accorde autant d'importance qu'Andrés Jiménez Zorrilla, ancien banquier d'affaires ayant géré pendant plusieurs années un portefeuille immobilier évalué à deux milliards d'euros chez Morgan Stanley. Il a finalement décidé de tout quitter pour s'inscrire à l'école des œuvres caritatives de Londres, dont j'ai parlé au chapitre 6. Il n'avait pas encore de projet clairement défini, jusqu'au jour où il découvrit la souffrance... des crevettes.
Aujourd'hui, Jiménez arbore un tatouage de crevette sur le bras et dirige le Shrimp Welfare Project...

... chaque année, entre 300 et 400 de milliards de crevettes sont élevées puis tuées, ...

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2025-09-06T14:17:24+02:00

Pourquoi étudier le latin et le grec (n') est (pas) inutile

Publié par Althéa

Consolez-vous, consolons-nous : vous n'êtes pas les premiers, pas pas plus que je ne l'étais, à étudier le grec et le latin dans un monde où un certain conformisme superficiel, nourri par de tristes préjugés économiques, se plaît à dévaloriser les lettres et le savoir antique.

 

« Enrichis d’un héritage millénaire, prenez le chemin suivi patiemment à travers les siècles par ceux qui vous ont précédés.

Et transmettez-le à votre tour.»

Apprendre le grec et le latin permet d’accéder à la connaissance de deux brillantes civilisations, de les comprendre et d'acquérir une ouverture d'esprit non négligeable.

Les bienfait de cet apprentissage sont multiples. Dans ce court essai, Andrea Marcolongo choisi de mentionner la liberté, l’esprit critique et le gain de temps.

L’auteure nous mitonne aussi comme quoi le passé mène à tout, un chapitre d’anticipation, imaginons un monde sans grec, sans latin et tout ce qui en découlerait ou pas.

« Pensez à ce que deviendrait notre civilisation si, un beau jour, la Grèce et Rome reprenaient ce qu’elles nous ont si généreusement donné, de la philosophie à la géométrie, de l’ingénierie à l’astronomie, de la politique (la démocratie !) à la poésie, en passant par des dizaines d’autres arts et sciences.»

C’est un appel à apprendre deux magnifiques langues, je ne suis pas à convaincre. Si vous avez des doutes, prenez quelques heures pour lire ce texte.

Il y a longtemps que j’avais envie de lire Andrea Marcolongo mais l’occasion ne s’était jamais présentée. Je n’ai plus qu’à lire ses autres écrits auxquels je rajouterai les quelques livres conseillés par Andrea Marcolongo.

« Fiez-vous à ceux qui ont pensé et créé avant vous.

Fiez-vous à leurs efforts, leurs erreurs, leurs larmes et leur tenacité.

Mettez à profit leurs enseignements, leurs joies, leurs échecs

Si les Anciens se sont obstinés à tenter de donner un sens à la vie, ils l’ont fait avant tout pour vous le transmettre.»

Merci aux éditions Le livre de Poche

# Pourquoiétudierlelatinetlegrecnestpasinutile # NetGalleyFrance

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