Plus le temps passe et plus j'ai l'impression que nous sommes nombreux dans la confrérie. Nous sommes appelés, je crois, à peupler de plus en plus le monde, nous qui avons perdu un lieu aimé, à quelque titre que ce soit, et qui avons tenté de le retrouver, pour découvrir l'impossibilité du retour.
Le japonais est ma langue fantôme. Jusqu'à l'âge de cinq ans, je l'ai parlé couramment. Ensuite j'ai quitté le pays et oublié la langue.
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L'impossible retour : rien que le titre était une invitation.
Qui n'a pas eu envie de retrouver une sensation, une émotion éprouvée, retrouver cette plénitude, cette joie d'un moment précis.
La nostalgie est là, on est de retour sur ces lieux, mais ce n'est plus tout ni nous, ni le lieu, ni le moment.
Heureusement, Amélie Nothomb est partie avec une amie photographe, l'inénarrable Pep, grande amie des lagomorphes et que les acariens font fuir. La jeune femme la sortira de ses regrets et la mettra quelquefois dans l'embarras, les us et coutumes étant fort différent.
Finalement, Alice qui hébergera Pep, incapable de rester dans sa chambre d'hôtel, leur fera visiter Tokyo.
Amélie Nothomb profitera de ce voyage pour entreprendre la relecture de Karl-Joris Huysmans. Et là aussi ...
Un court roman réussi qui m'a amusée parfois et surtout m'a confirmé être membre de sa confrérie à travers son récit et ses réflexions.
Mais surtout une bien agréable façon de découvrir le Japon.
Bien plus que lire, relire est un acte d'amour. Prendre le risque de réexpérimenter un coup de foudre, s'agissant d'un acte aussi intime que la possession littéraire, c'est insensé.
Tandis qu'elle photographie des dizaines de statues de lagomorphes, je me laisse envelopper par des rouleaux de nostalgie. Il fait noir, désormais, il n'y a plus que les lanternes du sanctuaire pour nous éclairer et le temps n'existe plus. J'ai quatre ans.
Personne ne vient nous dire qu'il faut s'en aller. Y a-t-il une heure de fermeture ? Il semblerait qu'il soit possible de passer la nuit au temple des lapins et Pep ne demanderait pas mieux. Les japonais sont des gens si respectueux qu'ils n'imaginent pas les plans tordus qui s'installent dans les cervelles européennes. Ce qui finit par nous en dissuader est la présence d'autres Occidentaux.
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