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21eme siecle

2026-04-07T12:23:27+02:00

L'impossible retour

Publié par Althéa

Plus le temps passe et plus j'ai l'impression que nous sommes nombreux dans la confrérie. Nous sommes appelés, je crois, à peupler de plus en plus le monde, nous qui avons perdu un lieu aimé, à quelque titre que ce soit, et qui avons tenté de le retrouver, pour découvrir l'impossibilité du retour.

Le japonais est ma langue fantôme. Jusqu'à l'âge de cinq ans, je l'ai parlé couramment. Ensuite j'ai quitté le pays et oublié la langue.

L'impossible retour : rien que le titre était une invitation.

Qui n'a pas eu envie de retrouver une sensation, une émotion éprouvée, retrouver cette plénitude, cette joie d'un moment précis.

La nostalgie est là, on est de retour sur ces lieux, mais ce n'est plus tout ni nous, ni le lieu, ni le moment. 

Heureusement, Amélie Nothomb est partie avec une amie photographe, l'inénarrable Pep, grande amie des lagomorphes et que les acariens font fuir. La jeune femme la sortira de ses regrets et la mettra quelquefois dans l'embarras, les us et coutumes étant fort différent.

Finalement, Alice qui hébergera Pep, incapable de rester dans sa chambre d'hôtel, leur fera visiter Tokyo.

Amélie Nothomb profitera de ce voyage pour entreprendre la relecture de Karl-Joris Huysmans. Et là aussi ...

Un court roman réussi qui m'a amusée parfois et surtout m'a confirmé être membre de sa confrérie à travers son récit et ses réflexions.

Mais surtout une bien agréable façon de découvrir le Japon.

 

Bien plus que lire, relire est un acte d'amour. Prendre le risque de réexpérimenter un coup de foudre, s'agissant d'un acte aussi intime que la possession littéraire, c'est insensé.

Tandis qu'elle photographie des dizaines de statues de lagomorphes, je me laisse envelopper par des rouleaux de nostalgie. Il fait noir, désormais, il n'y a plus que les lanternes du sanctuaire pour nous éclairer et le temps n'existe plus. J'ai quatre ans.
Personne ne vient nous dire qu'il faut s'en aller. Y a-t-il une heure de fermeture ? Il semblerait qu'il soit possible de passer la nuit au temple des lapins et Pep ne demanderait pas mieux. Les japonais sont des gens si respectueux qu'ils n'imaginent pas les plans tordus qui s'installent dans les cervelles européennes. Ce qui finit par nous en dissuader est la présence d'autres Occidentaux.

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2026-02-12T21:59:05+01:00

Nous vivions côte à côte : Itinéraire d'un « petit blanc » de banlieue

Publié par Althéa

S'il existe une France repliée sur elle-même, c'est d'abord celle des cités, dont on connaît la communautarisation ethnique et religieuse. Mais aussi celle des grandes métropoles, où la bourgeoisie urbaine s'est regroupée, faisant exploser les prix de l'immobilier et chassant les classes moyennes et populaires des centres-villes. La multiplication des entraves à la voiture au nom de l'écologie n'a fait qu'accroître ce mécanisme de séparatisme. le choix de la banlieue pavillonnaire ou périurbaine est souvent contraint et ceux qui y vivent, pour la plupart, loin d'être des nantis, sont majoritairement des Français modestes issus des classes moyennes et populaires.

« Le véritable exil n’est pas d’être arraché de son pays, c’est d’y vivre et de n’y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer », écrivait l’historien Edgar Quinet. C’est cet exil-là que vivent nombre de Français ordinaires, souvent issus des catégories populaires ou moyennes.

Une analyse d’une grande finesse, qui reprend  de façon chronologique les faits qui nous on mené à la situation actuelle. À cette fracture qui semble insurmontable.

Il est vrai que dans certains lotissements, je voyais placer des grilles aux fenêtres, puis les murs étaient remontés, un cairon, deux cairons…  petit à petit le quartier devenait inhospitalier, certains habitants déménageaient, las de l’insécurité. J’ai vu ce changement comme beaucoup de personnes sans trop réaliser ce qui se passait.

Lire Alexandre Devecchio est salutaire on y apprend énormément et on comprend mieux comment on en est arrivé là.

_ Je connaissais les somewhere et les anywhere mais pas les progressistes.

_ On découvre les effets du 11 septembre 2001 sur une certaine tranche de la population et j’avoue avoir été sidérée.

_ 2005 et ses victimes oubliées

_  C’est une approche du métier de journaliste et des différents postes de l’auteur : au Bondy Blog, au  journal Le Figaro.

Je ne vais pas tout dévoiler mais j’ai ouvert les yeux sur bien plus que je ne pensais.

Nous vivions côte à côte est un texte qui expose les faits avec clarté, dans un texte simple où sont abordées de nombreuses situations vécues par l’auteur ou sa famille en guise d’exemples.

Et puis parce qu’une partie de ma famille a choisi la France, un extrait apporte une touche d’espoir, quant à une solution :

«  Pour gagner nous aurons aussi besoin de Daoud, de Sansal et de tous ceux venus d’ailleurs qui aiment la France. »

Merci aux éditions Fayard

# Nousvivionscôteàcôte # NetGalleyFrance

On aurait pu imaginer que le massacre du 11 Septembre allait conduire « les musulmans », en particulier dans les pays libres, à se démarquer des expressions les plus radicales de leur religion pour ne pas être confondus avec les terroristes islamistes. C'est exactement le contraire qui se produisit. L'effondrement des Tours jumelles avait été vécu par une partie d'entre eux comme une victoire, non seulement contre l'Amérique, mais aussi contre l'Occident et donc, contre la France. Une victoire qui avait galvanisé leur fierté et les avait encouragés à affirmer leur différence d'appartenance. En vérité, le 11 Septembre a dopé la dynamique communautariste en banlieue et accéléré la réislamisation de nombreux jeunes musulmans, appartenant pour certains à la deuxième ou troisième génération.

Lorsqu'il le fallait Daniel Lefeuvre n'hésitait pas à manier l'humour pour désamorcer les incompréhensions ou les tensions. Je me souviens d'un élève lui demandant si la colonisation devait donner lieu à réparation, y compris pour les descendants de colonisés. La réponse de Lefeuvre avait fusé : « Fils d'Auvergnate et de Breton, dois-je demander le repentir de l'Italie et des italiens pour les crimes qui ont accompagné la conquête romaine de la Gaule et pour l'acculturation que les occupants ont imposés à mes ancêtres ? »

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2026-02-03T10:36:11+01:00

Ceux qui ne sont rien

Publié par Althéa

Il y avait de tout dans la rue. Top model, poupée, accro de la galette, bandit, femme au foyer. Le caniveau, il le savait, reçoit tout le monde comme une mère généreuse.

Il s'assit sur le petit banc devant la porte et reprit sa navigation sur l'internet de son téléphone, à la recherche d'autres offres d'emploi. Certaines annonces concernaient des professions qu'il ne connaissait même pas : opérateur en télésurveillance, analyste de support technique, formateur en gestion de la communication numérique. Il se doutait depuis longtemps que ses compétences n'étaient plus très adaptées à ce marché de plus en plus dominé par la technologie.

« Tous ici vivent dans la rue. Tous sont au chômage. Profession : marché de réserve. »

Ceux qui ne sont rien : les pauvres, les invisibles, les drogués, ceux dont on détourne le regard, ceux que certains humilient, comme si vivre dans la rue n'était pas suffisant. 

Nous sommes à Sao Paulo, au Brésil et sur une place se côtoient les nombreux personnages de ce roman choral unis par la misère.

Ils n'ont pas choisi la rue mais les circonstances les y ont condamnés.

Sans emplois, émigrés, drogués, enfants abandonnés, prostituées, travestis, écrivain, émigré tout ce petit monde vit sur la place de la Matrice, ou squattent l’immeuble Makan. Leur préoccupation manger ou se droguer car beaucoup sont asservis par la drogue.

On est vite oppressé par toute cette misère. Ils n’ont pas de travail : les nouvelles technologies, ont pris leur place, les petits boulots disparaissent, c’est une société inhumaine qui ne laisse aucune place à l’homme. On a l’impression que la drogue et les larcins sont une suite logique et ça me gêne énormément.

Pourtant certains cherchent à s’en sortir où à aider, Chilves ouvrira les yeux pendant son séjour en prison et tentera de rallier les autres à sa cause.

Douglas fatigué par la corruption de flics pourris jusqu’à la moëlle, les injustices et la misère s’est forgé sa propre religion ;

« … croire au pouvoir de la bonté. Faites ce que vous pouvez, tel était le seul et unique commandement. Faites quelque chose. Bougez votre putain de cul. Le bien, croyait-il, était comme une batterie qui s’auto-rechargeait, générant plus de bonté… »

Glenda paiera cher sa particularité et Seno Chacoy l’immigré assistera à la déliquessence du Brésil, après avoir fuit le Vénézuéla pour les même raisons et en deviendra fou.

Que de misérabilisme et d’inertie dans ce récit car beaucoup sont abrutis par la drogue incapable de réagir et au final, l’aide des institutions est bien peu face au problème de la drogue, de l’insécurité et de l’illétrisme que le gouvernement devrait résoudre. En fait la place de la Matrice est juste génitrice des nouveaux esclaves de la société.

De Patricia Melo, j’avais déjà lu : Celle qu’on tue que je vous conseille de lire et dont j’avais préféré la forme.

 Ceux qui ne sont rien est un texte sombre, démoralisant, un avant goût de ce qui pourrait nous arriver aussi.

Merci aux éditions Buchet Chastel

# Ceuxquinesontrien # NetGalleyFrance

 

Si on se loge on ne peut ni manger ni se déplacer. On doit mourir. De faim. Si on se déplace et s'habille on ne peut pas manger. Ni se loger. Si on mange on ne pas se loger ni se déplacer. On doit survivre. De sorte que personne ne s'habille, personne ne se loge, et les déplacements sont faits à pied. La faim ne donne pas le choix. La faim a un effet domino. La machine humaine doit fonctionner. Le sang doit couler. Le cerveau doit réfléchir aux moyens de trouver de la nourriture.

Tula, Glenda, Clarc et tous les autres détestaient le juge qui avait rejeté le recours. « Il s'en branle complètement de nous », disait-il lors des réunions. Ou bien : « Notre ennemi c'est le Pouvoir Judiciaire. » Ils parlaient du juge comme on parle du diable.

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2025-11-14T11:12:26+01:00

Le murmure

Publié par Althéa

L'amour est une intelligence unique qui s'engendre sans fin.

La sensibilité s'est retirée du monde. Elle a laissé la place à la précision. Si j'étais la lune, je commencerais à faire mes valises...

C’est le chant du cygne, l’adieu à la vie du poète.

Tout doucement sur la pointe des pieds, juste un murmure.

Un livre émouvant qui se lit à fleur de peau.

Était-il poète, prophète, ange, amant fidèle ou rayon de soleil ? Je ne sais. Il était Christian Bobin, cet homme qui chantait la légèreté, la beauté et l’émerveillement de notre monde.

La voix des arbres, des oiseaux, des fleurs, des enfants, les bonheurs simples dont on ne ressent l’absence que par leur silence.

Lui aussi nous a laissé son absence pour retrouver sa maison et ceux qu’il aime.

« Tu es ma femme comme aucune femme ne le fut jamais pour un homme. Je suis ton compagnon du Moyen Âge et des siècles à venir.

On est en train de triompher hors du monde, grâce à cette bande d’assassins qui nous ont battus comme du métal chauffé à blanc – et qui du coup nous ont donné une épée impossible à rompre.

On va sauter par-dessus ce siècle-ci, car il est trop horrible. J’ai fait la liste des miracles qu’on a accomplis ensemble. Ils sont innombrables mais celui-là est le plus grand. »

Ne crains rien : nous avons depuis toujours dans notre jeu une carte que les autres n'ont pas : c'est la carte du Fou. Il est rare qu'un fou dise la vérité, mais il la dit, même rarement. Un homme sensé jamais.

Quand je suis devant La Petite Châtelaine, l'enfant est si sensible que le marbre de ses joues frémit sous le soufle de mon regard.

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2025-10-12T06:48:23+02:00

J'ai perdu un bédouin dans Paris

Publié par Althéa

Golda Meir a dit :
« Nous pouvons pardonner aux Arabes d'avoir tué nos enfants. Nous ne pourrons jamais leur pardonner de nous avoir forcés à tuer les leurs. La paix viendra quand ils aimeront leurs enfants plus qu'ils ne nous haïssent. »

_ Tu sais... je n'ai pas fait ça pour Israël. Je n'ai pas fait ça non plus contre les Palestiniens.
Son regard se durcit un instant.
_ J'ai fait ça contre la barbarie. Quand tu grandis dans une société où l'on célèbre la mort plus que la vie, où l'on appelle héros ceux qui sacrifient des innocents, une société qui inaugure des rues et des parcs pour enfants au noms de ceux qui tuent des Juifs, arrive un moment où tu dois choisir. Choisir d'être complice. Ou choisir d'être libre. Le Hamas a détruit notre peuple de l'intérieur. Je n'ai pas trahi mon père. J'ai trahi leur mensonge.

 

Des phrases courtes.

Les mots font feu et ça fait mouche. On est touché.

Un homme stupéfait, sidéré, profondément touché en son cœur par le 7 octobre.

Arthur Essebag nous confie quelques souvenirs : ses parents, leur vie, la naissance de son fils et la promesse qu’il s’est faite ainsi que son amour pour son filleul, Noam. Puis on passe à l’essentiel, le 7 octobre et ses suites, son désir d’aider.

On y découvre une belle personne, un homme de cœur qui se sert des moyens dont il dispose pour aider, servir, tenir debout.

Un homme qui malgré la peur, les insultes, les coups bas, les désertions, continue.

Arthur  nous livre ses réflexions qui font appel au bon sens, à l’humanité, à la compassion.

 « Et tant pis pour les morts. Tant pis pour les enfants.

L’essentiel,  c’est que les caméras tournent.

Pendant ce temps, les images continuent de nous arriver.

Et moi, elles me déchirent.

Je ne m’habitue pas. Je refuse de m’y habituer.

Car celui qui les regarde sans trembler a perdu sa raison d’être.

Car celui qui détourne le regard, ou cherche à justifier, a renoncé à la compassion.

Car la souffrance d’un enfant n’a pas de drapeau.

Un enfant israélien tué dans sa maison, un enfant palestinien sous les ruines : ce sont les mêmes larmes.

La même innocence trahie.

La même humanité blessée.

Ils méritent tout autre chose.

Des cerfs-volants, pas des drapeaux en feu.

Des promesses d’avenir, pas des funérailles en martyrs.

Des deux côtés, l’enfance est prise en otage. Volée. »

Merci aux éditions Grasset de leur confiance.

# JaiperduunbédouindansParis # NetGalleyFrance

La vérité et l'empathie ne s'opposent pas.
Elles s'éclairent mutuellement.
Et le monde ?
Que fait-il le monde ?
Il regarde.
Il pleure.
Il débat.
Il scrolle.
Il s'indigne, parfois, à heure fixe.
Puis il passe à autre chose.
Et c'est peut-être, là, li pire.

Ce livre n'en est pas vraiment un.
C'est une blessure ouverte qui ne cicatrise pas.

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