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coup de cœur

2025-09-09T15:25:14+02:00

Apeirogon

Publié par Althéa

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Pour le huitième anniversaire de la mort de son fils, Gazzawi nota dans son journal : Seule la folie nous a poussés à fêter tes vingt-quatre ans. Le gâteau était aussi grand que le grand absent. Personne n'en a mangé. Comme si c'était une offrande au silence..

Apeirogon est une prouesse littéraire à mes yeux qui retient l’attention du lecteur d’un bout à l’autre du roman. Colum McCann est un auteur surprenant.

Un roman fragmenté, un pays morcelé, des vies brisées en mille éclats.

Une histoire qui se reconstitue au fur et à mesure. Deux petites filles mortes Abir- Smadar, deux pères effondrés Rami-Bassam qui ne laissent pas la fatalité s’installer, racontent et demandent la paix à travers leur mouvement et leurs témoignages.

Un pays survolé par quatre cent espèces d’oiseaux libres qui  se partagent le ciel alors qu’en bas, un pays est divisé en de nombreuses zones et ses habitants : israéliens et palestiniens n’arrivent pas à s’entendre…

Un livre passionnant qui  montre les multiples facettes d’un pays avec son histoire, un livre qui ne juge pas mais qui donne à réfléchir. Un livre bouleversant.

# Apeirogon # NetGalleyFrance

3
Cinq cent millions d'oiseaux survolent les collines de Beit Jala chaque année. Ils voyagent depuis la nuit des temps : huppes, grives, gobe-mouches, fauvettes, coucous, étourneaux,pies-grièches, combattants variés, traquets motteux, pluviers, souimangas, marrtinets, moineaux, engoulevents, hiboux, mouettes, faucons....
C'est la deuxième autauroute migratoire la plus empruntée au monde : au moins quatre cents espèces différentes y déferlent en circulant à des altitudes différentes.

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2025-08-28T13:29:16+02:00

Le bruit du rêve contre la vitre

Publié par Althéa

«Je ne sais pas si tu es un polyamoureux mais ce qui est sûr, c'est que tu es un mono-connard !».

Le père fabriquait les pipes, la mère s'occupait des finitions et les enfants qui grandissaient dans l'échoppe, tenaient la caisse En ce temps-là, si la vie était plus rude, elle était aussi plus simple : l'école permettait d'apprendre à lire et à compter mais c'est dans l'atelier qu'on découvrait la vie qui nous attendait, patiente, comme une chatte devant le trou d'une souris, certaine que sa proie ne pourrait lui échapper. À quinze ans, on savait confectionner une pipe en intégralité. Les dix années suivantes étaient consacrées au perfectionnement du geste puis les parents mouraient et, à son tour, on prenait la place qui nous revenait naturellement depuis toujours dans l'ordre des choses.

Un recueil de nouvelles, qui raconte le confinement et ceux qui l’ont vécu.

Je l’ai lu en prenant mon temps, en savourant cette écriture fluide, toute en finesse et rafraichissante.

J’ai beaucoup aimé, je me suis même amusée et puis quel talent !

Toutes les nouvelles montrent différentes facettes et nous touchent ou pas. On y voit des êtres perdus, en quête de sens, de reconnaissance, chacun essaie de tirer son épingle du jeu mais on voit aussi que « chassez le naturel, il revient au galop » et nos petits travers sont bien présents. Le confinement passé, ce sera un retour aux habitudes pour beaucoup.

Solitude, apparence, fantaisie, routine, de nombreux thèmes traités avec humour, ironie, cynisme et bienveillance.

Mes préférées :

Les murs porteurs

Le chemin de l’école

Le bruit du rêve contre la vitre

Sauvage

Marée noire

M’ont amusée :

Intégration

Fashion faux pas

Fermentation lente

Je n’ai pas aimé :

Verre solitaire

Axel Sénéquier est un auteur éclectique au style contemporain, aux expressions bien loin des clichés mais si justes et belles. Des dialogues avec des mots du quotidien, d’une grande modernité, Axel Sénéquier a un grand talent d’observateur de la nature humaine. Dans un tout autre registre, j’ai lu « Décrochez les étoiles : Une invitation à se lancer et vivre ses rêves ».

Je ne peux que remercier l’auteur pour un excellent service de presse.

 

« Vous êtes en détresse respiratoire, m'a dit le médecin pendant qu'on me poussait dans le véhicule. Il faut vous transférer d'urgence à l'hôpital. »
J'eu la sensation d'être une baguette qu'on enfournait.

« Pour un relooking, lui avait-il demandé, qu'est-ce que vous me conseilleriez de changer ? La technique d'approche ou le sourire ?
_ Je ne m'occupe que des vêtements.
_ Les vêtements sont du papier cadeau. Chez vous ils mettent en valeur, chez moi ils cachent la misère.
_ Vous n'avez pas l'air particulièrement dans la misère.» Elle avait esquissé un sourire. « Et le plaisir du papier cadeau, c'est qu'on le déchire... »

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2025-08-18T08:35:07+02:00

Fictions

Publié par Althéa

Fascinant Borgès !

Le miracle secret

Un bibliothécaire aux lunettes noires lui demanda : « Que cherchez-vous ? » Hladik répliqua : «Je cherche Dieu. » Le bibliothécaire lui dit : «Dieu est dans l'une des lettres de l'une des pages de l'un des quatre cent mille tomes du Clementinum. Mes parents et les parents de mes parents ont cherché cette lettre ; je suis devenu aveugle à force de la chercher. »

Le jardin aux sentiers qui bifurquent

Je me rappelai aussi cette nuit qui se trouve au milieu des Mille et Une Nuits, quand la reine Schéhérazade (par une distraction magique du copiste) se met à raconter textuellement l'histoire des Mille et Une Nuits, au risque d'arriver de nouveau à la nuit pendant laquelle elle la raconte, et ainsi à l'infini.

On le lit, on le relit, on est sous hypnose.

Jorge Luis Borges se joue du temps et de ses lecteurs mais avant tout il se fait plaisir et ça se sent. N'étant ni rationnelle, ni cartésienne ses nouvelles ont tout pour me plaire.

Nous entrons dans une sorte de quatrième, réel-irréel, miroir-autre côté du miroir, perception, rêve, monde parallèle, tout ouvre la porte à un nouveau jeu, à une autre perception.

Que de labyrinthes (est-ce du à sa cécité), symbolisme, litanies de livres, Jorge Luis Borges était bibliothécaire et les références ne manquent pas.

Dans Le jardin des sentiers qui bifurquent, quelques nouvelles s'apparentent à des casse-tête chinois, d'autres sont très poétiques et certaines finissent sur une chute qui remet tout en question.

Avec Artifices tout devient plus simple. 

Le miracle secret : distorsion temporelle ou pas ? C'est excellent.

Dans Le sud : un livre peut changer votre vie, que de malice.

Les lectures de Jorge Luis Borges sont exponentielles, l'histoire semble changer, s'étoffer à chaque relecture et si l'auteur avait réussi à créer un livre infini ? 

Le miracle secret

Quand il s'éveilla , le monde était toujours immobile et sourd. La goutte d'eau était toujours sur sa joue ; dans la cour, l'ombre de l'abeille ; la fumée de la cigarette qu'il avait jetée n'en finissait pas de se dissiper. Un autre « jour » passa avant que Hladik eût compris.
Il avait sollicité de Dieu une année entière pour terminer son travail : l'omnipotence divine lui accordait une année.Dieu opérait pour lui un miracle secret : le plomb germanique le tuerait à l'heure convenue ; mais, dans son esprit, une année s'écoulerait entre l'ordre et l'exécution de cet ordre.

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2025-08-14T17:30:10+02:00

Où s'adosse le ciel

Publié par Althéa

Je suis le voyant, l'élu des élus. Je suis le rapporteur omniscient, le lien vivant entre le passé et le présent, le scribe d'hier et d'aujourd'hui. Les paroles du grand ancêtre sont ma sauvegarde, le talisman de ma survie tant que je ne les aurai pas léguées à mon tour. Je suis le voyant l'élu des élus, le scribe des destins.

Si jamais je reviens un jour dans mon village natal à Maka, près de Saint-Louis du Sénégal, pour y mourir, je n'aurai pas le droit d'y être enseveli. Je ne pourrai qu'être suspendu au bout d'une corde, au creux d'un baobab.

Toute la magie de l'Afrique, d'un griot et d'un auteur.

De nos jours et dans l'ancienne Égypte, deux traversées du désert.

Bilal est abandonné par son maître et ami qui craint qu'il n'ait attrapé le choléra. Seul, il poursuivra son chemin et nous voici entraînés dans le temps et hors du temps.

Partir à la source de la parole, c'est ce que va faire Bilal Seck le griot.

Un grand périple parsemé des histoires de l'impur, de l'esclave louangeur, la sienne et celles des soixante et onze maillons de la chaîne de parole de sa caste.

En un lieu où des destinées se sont accomplies, Bilal dénouera la trame de son destin grâce à ce qui pourrait sembler une malédiction

Avec intelligence et finesse, Bilal Seck le passeur de mots et d'histoires, le scribe des destins s'affranchira de sa condition.

C'est tout à la fois une histoire passionnante et un conte philosophique écrits par un grand écrivain David Diop dont le style et les mots m'enchantent.

« Les intrigues n'ont jamais abouti,

Car c'est l'ordre des dieux qui se réalise,

Songe à vivre en toute sérénité,

Car ce qu'ils accordent vient naturellement. »

Merci aux éditions Julliard pour ce superbe roman.

# Làoùsadosseleciel #NetGalleyFrance

La soixante-dixième héritière de l'histoire des origines, sa grand-mère, était de ceux qui interrogeaient l'injustice de leur sort, l'aberration de la malédiction fondatrice. Non la malédiction n'était pas irrévocable.

Où s'adosse le ciel sort le 14 août 2025.

David Diop a aussi écrit Frère d'âme, La porte du voyage sans retour, Le pays du Rêve.

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2025-08-11T08:46:37+02:00

Troublantes racines

Publié par Althéa

Francine Romero a vécu quelques années en Afrique. Elle nous confie ses souvenirs. La suite Sur les rives du Djoliba vient de paraître.

La nuit nous tombe dessus, sans prévenir, nous enroule dans sa douceur, puisque nuit ne veut pas dire froid. Les nuits sont chaudes ici. Je prie à la vue de cette splendeur, prière spontanée, sans autre but que de dire merci. Le matin, j'assiste, aussi minuscule qu'une fourmi, à la création du monde dont l'immensité se déploie, se multiplie, se colore en une incroyable variété de tons roses, bleus et violets, en un sans fin de nuances se mariant entre elles. Devant l'infini de l'univers, ou dans ce qu'il a de plus monumental, oui, je me sens petite. Et là où je dois être. Comment ne pas se sentir grain de sable, infiniment petit, comment ne pas participer à l'harmonie, à ce que Freud appelle le sentiment océanique ?

17. Histoire contemporaine

Pour beaucoup d'observateurs et au dire même des négriers, l'abolition de l'esclavage n'est pas due à des raisons humanitaires. Elle est due à une banale logique économique selon laquelle la traite désormais coûte trop cher par rapport aux bénéfices que l'on en tire.
Et la colonisation commence.
Gaston Kelman

« La rencontre que j’ai faite en Afrique d’une race essentiellement différente de la mienne a contribué puissamment à l’heureuse expansion de mon univers. La tendresse est née entre nous au premier regard.»

Karen Blixen

Ce livre est une bouffée de fraîcheur presque un appel au large dans ma petite vie de tous les jours.

Que ce soit cette citation de Karen Blixen où des extraits de ce roman je suis rentée chez moi le temps de la lecture. J’ai partagé le ressenti de Francine, il y a bien des années, presque une autre vie. Ce n’était pas le même pays mais les mots et les impressions ont résonnés en moi.

Ce texte se présente en deux parties :

La première sous forme de journal de bord avec sa famille, le tout agrémenté de textes et d’une analyse de cette expérience.

La vie au jour le jour, l’accueil de sa famille, leurs coutumes et puis aussi la sorcellerie (tout ce qui y touche ou presque m’était plus ou moins connu avec quelques variantes).

La seconde tient plus du témoignage est n’en est pas moins intéressante.

Nous voici revenus à la dure réalité de ces pays où la colonisation a semé les graines du pouvoir, de la corruption, de l’envie. Des pays qui ont souvent recours à la dictature et aux guerres ethniques.

Mais Francine Romero sait nous raconter sa vie, ses mésaventures en bateau, elle va rencontrer l’homme de sa vie et nous conter la magie d’un bracelet.

Après le Gabon et la Guinée Équatoriale, notre amie partira pour Niamey et Zinder à la découverte d’une autre culture.

Une approche complète, toute une culture abordée. Une très fine analyse étayées par des citations d’auteurs africains ou concernant l’Afrique qui font parfaitement écho à chaque chapitre.

J’ai adoré ce premier roman et attend le prochain avec impatience.

J’ai mis beaucoup de citation mais j’ai particulièrement aimé celle du fils de l’auteur à propos du travail :

« Ces enfants aussi travaillent, vont chercher du petit bois, portent les plats, aident à la préparation du manioc. Mon fils commente doctement : nous, on cravaille. »

Bon voyage...

 

Ce n'est pas la mort en elle-même qui est crainte, puisqu'elle représente souvent en Afrique Noire un état transitoire qui peut déboucher sur une renaissance, et ne signifie pas la fin ; la chose primordiale à éviter ; c'est de faillir aux rituels funéraires, omettre un acte, négliger un sacrifice un peu comme chez les Grecs, rappelons-nous Antigone. Ces pleurs, ces cérémonies ont pour but de faciliter l'insertion dans l'au-delà de l'âme du mort, et aussi de rassurer les vivants en leur donnant bonne conscience, en contribuant à les apaiser.

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