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coup de cœur

2026-06-02T18:55:38+02:00

Le reflet du soleil dans un morceau d'enfance

Publié par Althéa

Jouer était un art et comédienne, une vocation. Quand on montait sur scène, on glissait ses pas dans ceux d’Edwige Feuillère ou de Sarah Bernhardt, pour mériter cette place, il fallait à tout le moins mourir sur scène. Autant dire que les blagues salaces de Shaynna et les mimiques grotesques de Marguerite n’avaient pas reçu le succès escompté.
– Mesdemoiselles, les avait sermonnées la directrice, si vous voulez rire ou faire rire, allez sur les boulevards jouer Mon cul sur la commode, mais laissez les vrais âââârtistes travailler.

Euphorique, elle avait accepté une première invitation de ses collègues égyptologues pour modéliser le sous-sol de la Vallée des Rois : trente-trois cavités inconnues étaient apparues sur l’écran. Les types étaient devenus hystériques, des diabétiques lâchés dans un magasin de bonbon. Les perspectives offertes par cette invention étaient sidérantes.

Mon deuxième recueil de nouvelles d’Axel Sénéquier, après « Le bruit du rêve contre la vitre », j’ai lu « Le reflet du soleil dans un morceau d’enfance ».

Ma préférée est : La forêt des suicidés qui mêle une bonne dose d’humour noir et un suspense soutenu. Un petit bijou.

Mais il y a des nouvelles sur des situations bien plus délicates avec Carnet de grossesse quand l’enfance brisée, détruite bien trop tôt remonte soudainement à la surface ou Le Prince de Guilvinec quand l’innocence et la candeur d’un enfant vous laisse entrevoir le pire par une envie de faire plaisir. J’étais tellement stupéfaite que j’ai du relire la ligne. Toute l’horreur traitée avec sobriété, presque banale et par conséquent très dérangeante.

Dans Capacités divinatoires, nous assistons à une joute verbale entre une serveuse qui tient le premier rôle et son client, et d’un coup les rôles s’inversent. Elle est redevenue cette jeune fille qui rêvait d’être actrice.

Arbitrage vidéo, la non-communication et l’incompréhension entre père et fils, c’est touchant !

Je me suis bien amusée avec Conservation du littoral, assez inattendu là aussi.

Un recueil qui laisse place à la fragilité de l’adulte, lorsqu’un morceau d’enfance l’assaille et que diverses émotions prennent le dessus.

De très bonnes nouvelles, écrites avec soin qui mettent en scène des personnages et des situations actuelles. De la poésie, de belles expressions.

Un recueil à lire absolument !

La mélancolie est un répulsif naturel puissant.

Face à l’apocalypse culturelle, alors que le monde s’ensevelissait sous des monceaux de bêtises et de renoncements, seule, juchée sur une montagne d’écrivains, de philosophes et de poétesses, Aliénor brandissait les livres comme les tables des commandements et prétendait repousser la vague d’imbécilité crasse qui déferlait sur ce siècle.

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2026-04-15T09:27:18+02:00

Ibiza a beaucoup changé

Publié par Althéa

La France, pays littéraire par excellence, peut incarner la résistance aux entreprises américaines de décervelage. Le monde sera sauvé par quelques lecteurs de Baudelaire dans des caves, tandis que le reste d l'humanité sera lobotomisé par les implants neurologiques d'Elon Musk et les lunettes connectées de Mark Zuckerberg.

Il y a plus d'habitants dans ce parc privé que dans le village où je vis. Cette clientèle doit avoir une vie difficile : il faut être extrêmement fatigué pour avoir autant besoin de déléguer l'organisation de ses loisirs.
Je déchante rapidement en constatant que toutes les activités sont sur réservation et en supplément payant. Center Parcs est réservé à des êtres allergiques à l'improvisation.

Ce roman est composé de courtes nouvelles où Frédéric Beigbeder nous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

Une réflexion sur notre société passée, présente et peut-être à venir avec la fin de l’homme mais pas de la femme !

Il nous parle d’une époque de liberté, de folie, d’insouciance. Un sacré pied de nez à notre monde actuel.

Nous avons perdu notre liberté (pas toujours utilisée à bon escient) mais nous étions excessivement occupés à vivre pour nous retrouver face à Big Brother car en fait les réseaux sociaux servent à épier, juger, classer les moindres faits, gestes et pensées de nos contemporains.

Comme vous le savez j’apprécie beaucoup cet auteur pour son manque de sérieux, son humour et sa légèreté.

Dans ce roman tout est bon, je ne dirai pas excellent l'auteur se reposerait sur ses lauriers mais j’ai particulièrement apprécié :

Bal tragique au Meurice

Entretien avec le père Noël (quelle chute ! )

Ma nuit à Center Parcs

Le dernier homme

et La France contre les robots pour sa note d’espoir :

« Le titre de ce manifeste est emprunté à Georges Bernanos, qui a publié son pamphlet prophétique, La France contre les robots, en 1947, après la pire catastrophe de tous les temps. Il me semble aujourd’hui indispensable de reprendre son combat avant la prochaine apocalypse. Nous disposons d’une occasion historique de montrer au monde entier que l’avenir de l’homme c’est… le Français. »

Jean-René déboucha une bouteille de champagne qu'Arnaud et Bertrand étaient allés pêcher au fond des eaux, en apnée. Soudain Marc appela tout le monde sur le balcon :
_ Admirez les lumières de la ville !
Ensemble, ils regardérent le phare de la tour Eiffeil qui venait de se rallumer et tournait au beau milieu du lac de Paris. Un instant de répit : le suicide occidental était reporté à plus tard.

Si, pour écrire, tous les écrivains du monde avaient attendu d'avoir quelque chose à dire, la librairie serait morte depuis longtemps.

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2026-03-14T10:20:01+01:00

Partir, c'est mourir un peu

Publié par Althéa

Il n'y a que deux genres de souverains, dit-on, qui s'exposent aux révolutions et aux coups d'État : les trop gentils et les trop cruels. Il se trouve toujours des mauvais pour renverser les premiers, et des oppressés pour renverser les seconds. L'indulgence et le pardon, voilà les deux vertus qui causèrent d'abord la perte de Nicolas II.

Elle désirait que les enfants apprissent eux-mêmes à se modérer, à comprendre la limite à ne pas franchir et le meilleur moyen pour cela était encore de ne rien leur proscrire formellement. Cela me surprit tout de même la première fois que j'entendis les grandes duchesses jouer au tennis dans leur salle de classe et faire de la bicyclette dans les couloirs du palais et je compris mieux pourquoi il n'y avait ni antiquités ni objets inestimables dans les appartements de la famille impériale !

Ils n'ont pas été jugés, ils n'ont pas été éxécutés, ils ont été livrés à des monstres sanguinaires !

C'est une histoire bouleversante et émouvante car je me suis facilement retrouvée à la place d'Igor Kleinenberg, le narrateur.

De 1910 à 1918, il enseignera l'allemand aux archiduchesses : Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. Ce poste lui permettra de partager l'intimité de la famille impériale russe et de ses proches.

Nous découvrons des anecdotes très amusantes, les suivons dans les déplacements officiels, les œuvres de charité et réalisons les problèmes qui assaillent Nicolas II quant à gouverner cet immense pays.

Ce sont des personnes profondément humaines, trop  humaines pour le siècle à venir et son changement de mentalité.

L'impératrice Alexandre est au prises avec la germanophobie ambiante, on lui reproche son amitié pour Raspoutine, en fait elle est bien plus lucide et pragmatique que le tsar ce qui lui vaut  quelques inimitiés. 

Le tsar se débat avec les étudiants, l'intelligentsia, les bourgeois, sa famille, tous veulent le pouvoir. Satisfaire l'un c'est se faire un ennemi de l'autre. La presse fera courir des rumeurs, des ragots, des témoignages fallacieux mais le peuple leur reste fidèle.

À l'arrivée de la guerre, la famille se sépare. Nicolas et le tsétsarévitch, Alexeï s'occupent de l'armée. L'impératrice et ses filles soigneront les blessés, tous se dévoueront pour leur pays et son peuple jusqu'à l'abdication du tsar et leur emprisonnement.

Une œuvre aussi dense (1047 pages) que la Russie est immense. Alexandre Page nous livre une fresque historique touchante sur la Sainte Russie à l'heure de la Grande Guerre et de la révolution. Un auteur doté d'une jolie plume et de beaucoup d'empathie.

Beaucoup de photographies des protagonistes nous permettent de leur donner un visage.

Un livre à lire pour en savoir plus et se forger une opinion.

" Lorsque les mensonges auront été dissipés, que les impostures auront été démasquées, que le chagrin aura passé, l'humanité se souviendra".

Un grand merci à Alexandre Page pour cette lecture inoubliable des années plus tard.

 

Nicolas II a toujours cru qu'il suffisait d'aimer les autres pour l'être en retour ; d'être bienveillant pour recevoir cette bienveillance. Il avait peut-être le défaut le plus rédhibitoire pour un dirigeant : la naïveté. Le tsar n'envisageait jamais le triomphe du mal, ne croyait pas au mal incurable et il imaginait qu'à la fin du combat, le bien grandissant un peu plus de sa victoire entraînait inexorablement l'humanité vers des lendemains meilleurs que la veille.

Comme l'écrivit un jour très justement un historien russe, tout ce qui comptait pour ces individus était de prouver au peuple qu'il ne possédait qu'un quart du cheval, plutôt que de l'aider à devenir propriétaire du cheval entier. La difficile condition des petites gens servait de propagande et ils la nourrirent même, entretenant sciemment leur misère pour accélérer la chute de l'Empire et leur permettre de récupérer le pouvoir tombé des mains impériales. Tous ces comploteurs ignoraient bien sûr que leur révolution d'intellectuels ouvrirait la porte à une révolution populaire qui les balayerait à leur tour, puisqu'aucun d'entre eux n'avait réalisé qu'ils n'existaient que par la seule présence de l'Empereur sur le trône.

Le rondel de l'adieu

Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ce qu'on aime
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.

C'est toujours le deuil d'un vœu,
Le dernier vers d'un poème ;
Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ceux qu'on aime.

Et l'on part, et c'est un jeu,
Et jusqu'à l'adieu suprême
C'est son âme que l'on sème,
Que l'on sème à chaque adieu :
Partir, c'est mourir un peu.

Edmond Haraucourt.

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2026-03-10T21:01:02+01:00

La fêlure

Publié par Althéa

C'est peut-être cela la fêlure dans le visage de Duras : ce qui était offert sans raison se trouve d'compté, pesé, exposé et vendu. La beauté devient une offrande, un marchandage sordide. La beauté d'un visage peut donner lieu à une honte plus qu'à une fierté. La beauté peut-être une malédiction plus qu'un privilège. Elle peut dévorer, hypnotiser, et conduire au ravissement. Il suffit d'un regard. Son histoire avec l'amant chinois, Huynh Thuy Lê, commence vers ses quinze ans et demi. [...] La mère accepte tacitement cette liaison transgressive dans l'espoir qu'il aide financièrement la famille.

De quoi ou de quelle image de toi étais-tu ivre pour oublier ta verticalité dans la chute ? Quel vide cherchais-tu à éviter pour que le réel te cogne en retour ?

« Comme la lune en cristal, les êtres se brisent, tombent, se cassent, se recollent un peu, ou ne se recollent pas du tout et deviennent fragiles, infirmes en morceaux. On ne peut presque plus les tenir et ils supportent mal la moindre variation de température ou de mouvement. Certains apprennent à faire avec ce qui est cassé en eux et d’autres ne s’en accommodent jamais. »

Très belle écriture sensible, empathique. L’émotion est palpable chez Charlotte Casiraghi et ça me plaît.

À travers la vie de nombreux auteurs connus et d’autres un peu moins mais que j’ai très envie de lire notamment Anne Dufourmantelle. L’auteure passe à la loupe leurs blessures, les analyse, les dissèque.

Cet essai nous ramène à nos fragilités mais aussi à celles de nos proches et apporte une autre vision, une autre compréhension. Ce texte a une grande résonnance en nous si nous prenons le temps de réfléchir, de méditer, il mérite d’être relu de temps à autre.

Charlotte Casiraghi nous offre un récit d’une grande profondeur, j’ai été particulièrement touchée en tant que maman par un passage :

« Je voudrais t’épargner la cassure, que tu ne sois jamais blessé, meurtri. Que tu traverses le monde sans heurt. Tu me déstabilises car je sais que c’est vain. Je te regarde comme un cristal fragile que je tiendrais entre mes mains. Je voudrais empêcher les chocs, arrêter le temps, éviter le moindre éclat. Ce qu’on voudrait éviter, c’est peut-être ce qui lui permettra d’aimer, de penser, de créer, de comprendre. »

Et c’est certainement ce qui a servi de terreau aux œuvres de Georges Sand, d’Honoré de Balzac, de Maya Angelou, de Pascal et de bien d’autres.

Ce livre est un coup de cœur et je remercie les éditions Julliard de leur confiance.

#LaFêlure # NetGalleyFrance

Cette attente démesurée de l'amour est en partie liée à l'histoire transgressive et passionnée de ses parents, achevée dans le fracas et la douleur. Son père meurt d'une chute de cheval alors qu'elle n'a que quatre ans. Ce n'est pas seulement un drame personnel, mais un basculement de son monde : le père, figure d'aventure et de liberté, disparaît brusquement en laissant place à une forme d'idéalisation dans le cœur d'Aurore Dupin.

En réalité Pascal cherche à appuyer sur la fêlure pour qu'ele ne puisse plus se refermer. Elle n'est plus une simple cassure légère ou un avertissement devant notre fragilité, mais une entaille au fond de laquelle se creuse un gouffre d'où peut filtrer la grâce.

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2026-02-28T09:36:20+01:00

Les Douze Enfants de Paris

Publié par Althéa

Aujourd'hui, d'innombrables coupables ne seront jamais punis, dit-il, et les pires seront richement récompensés, car ainsi va le monde. Les meilleurs d'entre nous doivent s'élever au-dessus de cela, car nous ne pouvons rien y changer.
Pascale vit qu'il croyait ce qu'il disait, et elle vit que c'était la vérité. Il était heureux, car il le pensait réellement, et c'était vrai. Pourtant le tiraillement de la haine était fort.

Le chariot de la Guerre était toujours déraisonnablement rempli de motifs sordides, et toujours drapé d'une bannière criarde. Les croyants pouvaient bien combattre pour Dieu, les gains seraient calculés en pouvoir, terres et or, et divisés entre peu.

Et voilà, je viens de finir les 24 heures chrono de la Saint-Barthélémy, je me suis jetée à corps perdu dans la bataille. Encore une quête de pouvoir et de richesses sous couvert de guerre de religion. En une nuit, l'éblouissante Paris est devenue l'éclaboussante Paris avec ses rues pavées de cadavres.

Tannhauser est de très mauvaise humeur, sa famille est en danger, Carla, enceinte, a été enlevée et Orlandu a disparu. Tout au long du roman, Mattias et Carla n'auront qu'un but sauver leur famille, chacun de son côté va affronter la mort et dans le même temps, la vie pleut sur eux avec la naissance de leur fille et les enfants qui se joignent à eux et qu'ils prendront  sous leurs ailes.

Et c'est dans cet univers en huit-clos car toutes les portes de Paris sont fermées que tous les personnages seront confrontés à des actes extrêmes par amour, ils comprennent l'horreur de leurs actes mais ils n'ont pas le choix si ils veulent sauver leurs protégés (il convient de dire que c'est une autre époque bien moins humaine que la notre, où la fin justifie les moyens). Tim Willocks étant médecin, il se fait l'immense plaisir de nous offrir moult détails d'anatomie lorsque Tannhauser se transforme en machine à tuer, un vrai régal !

Dans ce livre, c'est cette dualité de tous les instants qui m'a fascinée. Les personnages que je connaissais depuis son autre livre : La religion, sont plus approfondis, ils traînent leurs vieilles blessures. En fait tout ce qui leur est arrivé auparavant conditionne et justifie leurs actions mais en même temps au plus profond des ténèbres ils conservent cette lumière et cet amour qui les animent.

Dans cet opus, Tim Willocks a placé la barre très haut et la part de mysticisme des personnages n’est pas pour me déplaire.

Quand j'avais ton âge, j'ai massacré des chiites pour le sultan et je pensais que c'était un acte sacré. Alors suis mon conseil. Si tu dois commettre des crimes mortels, fais-le pour toi seul, pas pour quelqu'un d'autre, ni pour sa foi, ni sa couronne, ni ses faveurs. Comme ça, au moins, nous pourrons être damnés en tant qu'hommes, pas en tant que putains.

Il y avait mille corps dans la Seine qui méritaient de vivre plus que lui, et un autre dans l'herbe pour qui il aurait donné sa vie,..

... il remercia la Mort et le diable, et la Fortune, yeux bandés ou pas, pour les trésors qu'il avait découverts et les merveilles qu'on lui avait montrées, pour la danse dans laquelle il avait été entraîné, et les chansons qu'il avait chantées dans son âme, pour les paris gagnés et les paris perdus,...

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