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2026-03-14T10:20:01+01:00

Partir, c'est mourir un peu

Publié par Althéa

Il n'y a que deux genres de souverains, dit-on, qui s'exposent aux révolutions et aux coups d'État : les trop gentils et les trop cruels. Il se trouve toujours des mauvais pour renverser les premiers, et des oppressés pour renverser les seconds. L'indulgence et le pardon, voilà les deux vertus qui causèrent d'abord la perte de Nicolas II.

Elle désirait que les enfants apprissent eux-mêmes à se modérer, à comprendre la limite à ne pas franchir et le meilleur moyen pour cela était encore de ne rien leur proscrire formellement. Cela me surprit tout de même la première fois que j'entendis les grandes duchesses jouer au tennis dans leur salle de classe et faire de la bicyclette dans les couloirs du palais et je compris mieux pourquoi il n'y avait ni antiquités ni objets inestimables dans les appartements de la famille impériale !

Ils n'ont pas été jugés, ils n'ont pas été éxécutés, ils ont été livrés à des monstres sanguinaires !

C'est une histoire bouleversante et émouvante car je me suis facilement retrouvée à la place d'Igor Kleinenberg, le narrateur.

De 1910 à 1918, il enseignera l'allemand aux archiduchesses : Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. Ce poste lui permettra de partager l'intimité de la famille impériale russe et de ses proches.

Nous découvrons des anecdotes très amusantes, les suivons dans les déplacements officiels, les œuvres de charité et réalisons les problèmes qui assaillent Nicolas II quant à gouverner cet immense pays.

Ce sont des personnes profondément humaines, trop  humaines pour le siècle à venir et son changement de mentalité.

L'impératrice Alexandre est au prises avec la germanophobie ambiante, on lui reproche son amitié pour Raspoutine, en fait elle est bien plus lucide et pragmatique que le tsar ce qui lui vaut  quelques inimitiés. 

Le tsar se débat avec les étudiants, l'intelligentsia, les bourgeois, sa famille, tous veulent le pouvoir. Satisfaire l'un c'est se faire un ennemi de l'autre. La presse fera courir des rumeurs, des ragots, des témoignages fallacieux mais le peuple leur reste fidèle.

À l'arrivée de la guerre, la famille se sépare. Nicolas et le tsétsarévitch, Alexeï s'occupent de l'armée. L'impératrice et ses filles soigneront les blessés, tous se dévoueront pour leur pays et son peuple jusqu'à l'abdication du tsar et leur emprisonnement.

Une œuvre aussi dense (1047 pages) que la Russie est immense. Alexandre Page nous livre une fresque historique touchante sur la Sainte Russie à l'heure de la Grande Guerre et de la révolution. Un auteur doté d'une jolie plume et de beaucoup d'empathie.

Beaucoup de photographies des protagonistes nous permettent de leur donner un visage.

Un livre à lire pour en savoir plus et se forger une opinion.

" Lorsque les mensonges auront été dissipés, que les impostures auront été démasquées, que le chagrin aura passé, l'humanité se souviendra".

Un grand merci à Alexandre Page pour cette lecture inoubliable des années plus tard.

 

Nicolas II a toujours cru qu'il suffisait d'aimer les autres pour l'être en retour ; d'être bienveillant pour recevoir cette bienveillance. Il avait peut-être le défaut le plus rédhibitoire pour un dirigeant : la naïveté. Le tsar n'envisageait jamais le triomphe du mal, ne croyait pas au mal incurable et il imaginait qu'à la fin du combat, le bien grandissant un peu plus de sa victoire entraînait inexorablement l'humanité vers des lendemains meilleurs que la veille.

Comme l'écrivit un jour très justement un historien russe, tout ce qui comptait pour ces individus était de prouver au peuple qu'il ne possédait qu'un quart du cheval, plutôt que de l'aider à devenir propriétaire du cheval entier. La difficile condition des petites gens servait de propagande et ils la nourrirent même, entretenant sciemment leur misère pour accélérer la chute de l'Empire et leur permettre de récupérer le pouvoir tombé des mains impériales. Tous ces comploteurs ignoraient bien sûr que leur révolution d'intellectuels ouvrirait la porte à une révolution populaire qui les balayerait à leur tour, puisqu'aucun d'entre eux n'avait réalisé qu'ils n'existaient que par la seule présence de l'Empereur sur le trône.

Le rondel de l'adieu

Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ce qu'on aime
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.

C'est toujours le deuil d'un vœu,
Le dernier vers d'un poème ;
Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ceux qu'on aime.

Et l'on part, et c'est un jeu,
Et jusqu'à l'adieu suprême
C'est son âme que l'on sème,
Que l'on sème à chaque adieu :
Partir, c'est mourir un peu.

Edmond Haraucourt.

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2026-03-10T21:01:02+01:00

La fêlure

Publié par Althéa

C'est peut-être cela la fêlure dans le visage de Duras : ce qui était offert sans raison se trouve d'compté, pesé, exposé et vendu. La beauté devient une offrande, un marchandage sordide. La beauté d'un visage peut donner lieu à une honte plus qu'à une fierté. La beauté peut-être une malédiction plus qu'un privilège. Elle peut dévorer, hypnotiser, et conduire au ravissement. Il suffit d'un regard. Son histoire avec l'amant chinois, Huynh Thuy Lê, commence vers ses quinze ans et demi. [...] La mère accepte tacitement cette liaison transgressive dans l'espoir qu'il aide financièrement la famille.

De quoi ou de quelle image de toi étais-tu ivre pour oublier ta verticalité dans la chute ? Quel vide cherchais-tu à éviter pour que le réel te cogne en retour ?

« Comme la lune en cristal, les êtres se brisent, tombent, se cassent, se recollent un peu, ou ne se recollent pas du tout et deviennent fragiles, infirmes en morceaux. On ne peut presque plus les tenir et ils supportent mal la moindre variation de température ou de mouvement. Certains apprennent à faire avec ce qui est cassé en eux et d’autres ne s’en accommodent jamais. »

Très belle écriture sensible, empathique. L’émotion est palpable chez Charlotte Casiraghi et ça me plaît.

À travers la vie de nombreux auteurs connus et d’autres un peu moins mais que j’ai très envie de lire notamment Anne Dufourmantelle. L’auteure passe à la loupe leurs blessures, les analyse, les dissèque.

Cet essai nous ramène à nos fragilités mais aussi à celles de nos proches et apporte une autre vision, une autre compréhension. Ce texte a une grande résonnance en nous si nous prenons le temps de réfléchir, de méditer, il mérite d’être relu de temps à autre.

Charlotte Casiraghi nous offre un récit d’une grande profondeur, j’ai été particulièrement touchée en tant que maman par un passage :

« Je voudrais t’épargner la cassure, que tu ne sois jamais blessé, meurtri. Que tu traverses le monde sans heurt. Tu me déstabilises car je sais que c’est vain. Je te regarde comme un cristal fragile que je tiendrais entre mes mains. Je voudrais empêcher les chocs, arrêter le temps, éviter le moindre éclat. Ce qu’on voudrait éviter, c’est peut-être ce qui lui permettra d’aimer, de penser, de créer, de comprendre. »

Et c’est certainement ce qui a servi de terreau aux œuvres de Georges Sand, d’Honoré de Balzac, de Maya Angelou, de Pascal et de bien d’autres.

Ce livre est un coup de cœur et je remercie les éditions Julliard de leur confiance.

#LaFêlure # NetGalleyFrance

Cette attente démesurée de l'amour est en partie liée à l'histoire transgressive et passionnée de ses parents, achevée dans le fracas et la douleur. Son père meurt d'une chute de cheval alors qu'elle n'a que quatre ans. Ce n'est pas seulement un drame personnel, mais un basculement de son monde : le père, figure d'aventure et de liberté, disparaît brusquement en laissant place à une forme d'idéalisation dans le cœur d'Aurore Dupin.

En réalité Pascal cherche à appuyer sur la fêlure pour qu'ele ne puisse plus se refermer. Elle n'est plus une simple cassure légère ou un avertissement devant notre fragilité, mais une entaille au fond de laquelle se creuse un gouffre d'où peut filtrer la grâce.

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2026-03-04T21:07:06+01:00

Un violent désir de chaleur humaine

Publié par Althéa

Ce que l'on sait aussi, c'est que les deux tiers des messages haineux qui circulent sur les réseaux sociaux sont postés en dehors des heures de travail, entre dix-huit heures et neuf heures du matin. Avec des pics identifiés entre vingt-trois heures et sept heures. La violence pour tromper l'ennui. La haine comme hobby.

Chaque pouce, chaque cœur dit que je suis intéressante.
Je trouve d'autres gens pour être d'accord avec moi.
Ils likent.
Je me sens validée.
J'en veux toujours plus.
J'aime être intéressante.

« La meute est un être collectif qui permet à chaque membre de se sentir individuellement irresponsable de ses actes. »

C’est un état des lieux de nos chers réseaux sociaux  dressé en courts chapitres, au style fluide et ironique dont le contenu manque de profondeur. À vous de juger.

Voir le nombre de vies dépendant de ce business m’a sidérée.

L’ utilisateur :

« Tu vas mourir »

« Je vais te violer » et autres banalités…

Le modérateur :

« Il deviendra sujet à l’anxiété, à l’insomnie, à l’épuisement, aux attaques de panique, aux troubles alimentaires, à l’addiction, à la dépression. »

Les influenceurs :

« Les réseaux sociaux n’ont fait qu’agrandir ma faille, mon besoin insatiable de reconnaissance… »

 Ceux qui nous fournissent ce Graal :

Le coltan matériau utile à la fabrication de notre jouet préféré « alimente trafics, rackets, conflits armés, prolifération de milices, travail des enfants, esclavage, déplacement de population, massacres, viols systématiques des femmes et des enfants. »

Jeu des apparences, haine et culpabilité car en fin de texte il est dit que nous cherchons ce qui nous arrive.

« Mais qu’as-tu fait ? »

Et là je ne suis pas du tout d’accord. Si la haine est le fait de quelques personnes j’ai bien l’impression qu’elles se regroupent sur ces dits réseaux pour se conforter sur leur « normalité ». Me vient en tête, un certain dicton : « Qui se ressemble, s’assemble ».

Et puis avec cynisme, ironie, humour, Tanya de Montaigne ajoute et là, je m’insurge :

« De tout temps, quand le monde vacille, ça n’est pas vers l’amour, la paix, la gentillesse, la justice, la démocratie que regardons. Non, d’ailleurs toutes ces valeurs nous les plaçons naturellement du côté de l’utopie, du vœu pieux, de l’aspiration sympathique et un peu niaise ».  Et c’est bien pour ça que certains ne perdent pas leur temps sur les réseaux sociaux.

Pour finir l’auteure qui ne manque définitivement pas d’humour, nous propose sa solution qui vaut ce qu’elle vaut :

« Alors il est temps de solder ces fantasmes d’exceptionnel, de spectaculaire, d’en finir avec la tyrannie de la merveille, d’assumer d’être résolument

Ordinaire,

profondément banal,… » encore un jeu des apparences du moins je l’espère !

Ce livre est tout à la fois un avertissement à fuir les réseaux sociaux et une histoire de ces dits réseaux dont j’ignorais presque tout.

Personnellement il me faut admirer une culture, un savoir, un style, des valeurs  pour que je like. Et vous ?

Merci aux éditions Grasset

#Unviolentdésirdechaleurhumaine # NetGalleyFrance

Toujours préférer « Je sais tout » à « Je ne sais pas ». L'essentiel est de prononcer vite, le plus vite possible pour ne pas rester à la traîne de la calvacade numérique, pour ne pas perdre sa place.

Suivre. Liker. Juger. Suivre. Liker. Juger.

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2026-03-03T21:20:41+01:00

La Forêt couronnée, tome 1 : Une ronce sans épines

Publié par Althéa

_ Hilos Adrasi de Cydoime a demandé ta main, Elayne. Et j'ai accepté.
Elayne eut le souffle coupé par l'horreur, sa colonne vertébrale se transforma en cascade de glace. Son père voulais l'offrir à l'ennemi. À ces barbares de Cydoime, à ceux qui avaient tué sa mère, qui avaient ravagé son pays.

Elle rougit sous le regard de Valérian. Il avait raison : aucun obstacle fondamental ne semblait justifier les guerres qui secouaient les deux pays. Hormis la méconnaissance et la haine, soigneusement entretenues par les puissants pour des motifs qui leur étaient propres, si l'on écoutait le palefrenier à la langue bien pendue, dont les tendances révolutionnaires ressortaient rapidement lorsqu'il se mettait à parler politique.

Une histoire centrée sur les arcanes du pouvoir.

La Cydoime et l’Amlann sont régulièrement en guerre.

Les deux peuples se détestent cordialement surtout les élites. Depuis quand et pourquoi ? C’est aux oubliettes depuis longtemps.

En tout cas, les uns avaient un lien avec la forêt qui a subitement disparu et leur forêt nourricière se meurt. Les autres la détestent et ne jurent que par la technologie.

Hilos, roi de Cydoime souhaite la paix et épouse la fille de son ennemi malgré toute sa bonne volonté, les différents partis n’approuvent pas cette union même si les raisons sont honorables.

 Chacun y va de ses souhaits : détruire cette forêt sacrée, tuer les têtes couronnées. Stratégie, coup d’avance, manipulation, chantage, trahison : tout ce petit monde s’en donne à cœur joie.

Au gré des évènements et des retournements de situation, les alliances et les fidélités vont fluctuer. Que nous réservera la suite ?

Chloé Castella a un beau brin de plume et cette dark fantasy politique mérite le détour.

Merci pour ce SP via Simplementpro.

_ Je t'en supplie, murmura le jeune soldat. Je me rends. Je ne combattrai plus. Je t'en prie...
Il songeait à sa mère à qui on apprendrait la nouvelle, au chagrin et aux reproches dont son père s'accablerait. Il songeait à ses amis, à l'amour qu'il n'avait pas connu, à tout ce qu'il n'avait pas vécu. À l'approche de la mort, il ne voyait pas sa vie défiler, uniquement ce qu'il ne découvrirait jamais. Les promesses qu'il ne ferait pas, les rendez-vous auxquels on ne l'attendrait plus, les souvenirs qui ne seraient jamais forgés, jamais remémorés.
Sans pitié, le soldat abattit son arme...

Sur les plaines, les uniformes tombés à terre s confondaient : le vert et le sang, le rouge et l'herbe piétinée, dans un bain de mort qui rendait désormais toute hostilité vaine, toute distinction de nationalité ou de classe sociale superflue.

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2026-02-28T09:36:20+01:00

Les Douze Enfants de Paris

Publié par Althéa

Aujourd'hui, d'innombrables coupables ne seront jamais punis, dit-il, et les pires seront richement récompensés, car ainsi va le monde. Les meilleurs d'entre nous doivent s'élever au-dessus de cela, car nous ne pouvons rien y changer.
Pascale vit qu'il croyait ce qu'il disait, et elle vit que c'était la vérité. Il était heureux, car il le pensait réellement, et c'était vrai. Pourtant le tiraillement de la haine était fort.

Le chariot de la Guerre était toujours déraisonnablement rempli de motifs sordides, et toujours drapé d'une bannière criarde. Les croyants pouvaient bien combattre pour Dieu, les gains seraient calculés en pouvoir, terres et or, et divisés entre peu.

Et voilà, je viens de finir les 24 heures chrono de la Saint-Barthélémy, je me suis jetée à corps perdu dans la bataille. Encore une quête de pouvoir et de richesses sous couvert de guerre de religion. En une nuit, l'éblouissante Paris est devenue l'éclaboussante Paris avec ses rues pavées de cadavres.

Tannhauser est de très mauvaise humeur, sa famille est en danger, Carla, enceinte, a été enlevée et Orlandu a disparu. Tout au long du roman, Mattias et Carla n'auront qu'un but sauver leur famille, chacun de son côté va affronter la mort et dans le même temps, la vie pleut sur eux avec la naissance de leur fille et les enfants qui se joignent à eux et qu'ils prendront  sous leurs ailes.

Et c'est dans cet univers en huit-clos car toutes les portes de Paris sont fermées que tous les personnages seront confrontés à des actes extrêmes par amour, ils comprennent l'horreur de leurs actes mais ils n'ont pas le choix si ils veulent sauver leurs protégés (il convient de dire que c'est une autre époque bien moins humaine que la notre, où la fin justifie les moyens). Tim Willocks étant médecin, il se fait l'immense plaisir de nous offrir moult détails d'anatomie lorsque Tannhauser se transforme en machine à tuer, un vrai régal !

Dans ce livre, c'est cette dualité de tous les instants qui m'a fascinée. Les personnages que je connaissais depuis son autre livre : La religion, sont plus approfondis, ils traînent leurs vieilles blessures. En fait tout ce qui leur est arrivé auparavant conditionne et justifie leurs actions mais en même temps au plus profond des ténèbres ils conservent cette lumière et cet amour qui les animent.

Dans cet opus, Tim Willocks a placé la barre très haut et la part de mysticisme des personnages n’est pas pour me déplaire.

Quand j'avais ton âge, j'ai massacré des chiites pour le sultan et je pensais que c'était un acte sacré. Alors suis mon conseil. Si tu dois commettre des crimes mortels, fais-le pour toi seul, pas pour quelqu'un d'autre, ni pour sa foi, ni sa couronne, ni ses faveurs. Comme ça, au moins, nous pourrons être damnés en tant qu'hommes, pas en tant que putains.

Il y avait mille corps dans la Seine qui méritaient de vivre plus que lui, et un autre dans l'herbe pour qui il aurait donné sa vie,..

... il remercia la Mort et le diable, et la Fortune, yeux bandés ou pas, pour les trésors qu'il avait découverts et les merveilles qu'on lui avait montrées, pour la danse dans laquelle il avait été entraîné, et les chansons qu'il avait chantées dans son âme, pour les paris gagnés et les paris perdus,...

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