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2025-08-21T08:46:01+02:00

Comme si nous êtions des fantômes

Publié par Althéa

La brume s'épaississait, il commençait à faire sombre. Très vite, la visibilité se réduisit à une centaine de mètres. Amy sentit la peau de sa nuque se tendre. Dans sa tête résonnaient les bruits de la bataille : le crépitement des mitraillettes, le sifflement et l'explosion des obus, les suppliques des hommes à l'agonie. On aurait dit qu'ils montaient de la terre comme de la vapeur.

La guerre est un concours de violence, pas de vertu. Pareille à une force de la nature, elle édicte ses propres lois.

Staveley tourna la tête vers la route d'Amiens. Amy le salua, mais il ne sembla pas l'entendre. Elle avait atteint la porte quand il parla de nouveau.
« Cherchez-le sous Two Storm Wood, déclara-t-il d'une voix calme, teintée de cruauté. Allez chercher votre fichu chéri là-bas. »

Obsédant !

Un univers désincarné, oppressant où subsiste l'écho des combats.

Un livre horrifiant sur la guerre et l’après-guerre !

Quand Amy apprend la disparition de son fiancé sur le front, ce jeune homme pacifiste qui a longtemps refusé de s’enrôler. Elle tient parole, dans sa dernière lettre il lui demandait une sépulture et elle avait promit.

La voici partie pour Amiens afin de le retrouver car il est porté disparu.

Alors commence cette incroyable enquête sur les champs de bataille où des soldats sont restés afin de retrouver les corps, d'offrir une sépulture à tous ces morts. C’est dangereux, anxiogène, les lieux semblent habités.

Psychopathe, meurtres de civils, gradés portant le remord des hommes envoyés à une mort certaine et éprouvant le besoin de donner une sépulture et un nom à des corps éparpillés dans des lieux de combat où les obus explosent encore c’est un récit plus que sombre.

Pourtant notre courageuse jeune femme poursuit ses investigations, Two Storm Wood évoqué par un soldat blessé, perturbé mentalement semble la seule piste mais personne ne veut en parler.

En même temps, des meurtres atroces sont perpétrés sur des coolies.

L’étau se resserre…

Qui vole un œuf, vole un bœuf et pour ces soldats qui tuent aucune expression.

Pourtant tuer s’est perdre son âme et c’est aussi mettre le pied dans un cercle infernal où la vie n’a plus aucune importance. On fuit dans l’alcool ou la drogue. Et l’homme devient un être assoiffé de sang.

Mais il y a pire car on nous donne à comprendre qu’assister à un massacre crée des psychopathes et l’arrivée des coolies relanceront de vieilles blessures dues à la Révolte des Boxers.

Un livre qui raconte la guerre et la folie meurtrière qu’elle déclenche. Personne n’en ressort indemne.

Une vaste réflexion sur ses dérives, ses dommages collatéraux.

Merci aux éditions Sonatine

#Commesinousétionsdesfantômes # NetGalley France

Le DGRE* fournissait une liste de sites d'inhumation dont les occupants devaient être exhumés puis relocalisés, si tant est qu'on soit arrivé à les retrouver. Mais il y avait aussi les disparus : des corps qui gisaient toujours dans des trous d'obus et des tranchées, ou cachés au milieu des ronces, des morts qui n'avaient pas été enterrés -cinq mille à chaque kilomètre de front, d'après les calculs de Mackenzie. Et c'était sans compter les Allemands ; mais à ce moment-là, personne ne les comptait.

*Directorate of Graves Registration & Enquiries : département de l'armée britannique crée au début de la guerre pour conserver les registres d'inhumation militaires, fournir le matériel d'identification et de marquage des tombes, et répondre aux requêtes des familles.

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2025-08-18T08:35:07+02:00

Fictions

Publié par Althéa

Fascinant Borgès !

Le miracle secret

Un bibliothécaire aux lunettes noires lui demanda : « Que cherchez-vous ? » Hladik répliqua : «Je cherche Dieu. » Le bibliothécaire lui dit : «Dieu est dans l'une des lettres de l'une des pages de l'un des quatre cent mille tomes du Clementinum. Mes parents et les parents de mes parents ont cherché cette lettre ; je suis devenu aveugle à force de la chercher. »

Le jardin aux sentiers qui bifurquent

Je me rappelai aussi cette nuit qui se trouve au milieu des Mille et Une Nuits, quand la reine Schéhérazade (par une distraction magique du copiste) se met à raconter textuellement l'histoire des Mille et Une Nuits, au risque d'arriver de nouveau à la nuit pendant laquelle elle la raconte, et ainsi à l'infini.

On le lit, on le relit, on est sous hypnose.

Jorge Luis Borges se joue du temps et de ses lecteurs mais avant tout il se fait plaisir et ça se sent. N'étant ni rationnelle, ni cartésienne ses nouvelles ont tout pour me plaire.

Nous entrons dans une sorte de quatrième, réel-irréel, miroir-autre côté du miroir, perception, rêve, monde parallèle, tout ouvre la porte à un nouveau jeu, à une autre perception.

Que de labyrinthes (est-ce du à sa cécité), symbolisme, litanies de livres, Jorge Luis Borges était bibliothécaire et les références ne manquent pas.

Dans Le jardin des sentiers qui bifurquent, quelques nouvelles s'apparentent à des casse-tête chinois, d'autres sont très poétiques et certaines finissent sur une chute qui remet tout en question.

Avec Artifices tout devient plus simple. 

Le miracle secret : distorsion temporelle ou pas ? C'est excellent.

Dans Le sud : un livre peut changer votre vie, que de malice.

Les lectures de Jorge Luis Borges sont exponentielles, l'histoire semble changer, s'étoffer à chaque relecture et si l'auteur avait réussi à créer un livre infini ? 

Le miracle secret

Quand il s'éveilla , le monde était toujours immobile et sourd. La goutte d'eau était toujours sur sa joue ; dans la cour, l'ombre de l'abeille ; la fumée de la cigarette qu'il avait jetée n'en finissait pas de se dissiper. Un autre « jour » passa avant que Hladik eût compris.
Il avait sollicité de Dieu une année entière pour terminer son travail : l'omnipotence divine lui accordait une année.Dieu opérait pour lui un miracle secret : le plomb germanique le tuerait à l'heure convenue ; mais, dans son esprit, une année s'écoulerait entre l'ordre et l'exécution de cet ordre.

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2025-08-14T17:30:10+02:00

Où s'adosse le ciel

Publié par Althéa

Je suis le voyant, l'élu des élus. Je suis le rapporteur omniscient, le lien vivant entre le passé et le présent, le scribe d'hier et d'aujourd'hui. Les paroles du grand ancêtre sont ma sauvegarde, le talisman de ma survie tant que je ne les aurai pas léguées à mon tour. Je suis le voyant l'élu des élus, le scribe des destins.

Si jamais je reviens un jour dans mon village natal à Maka, près de Saint-Louis du Sénégal, pour y mourir, je n'aurai pas le droit d'y être enseveli. Je ne pourrai qu'être suspendu au bout d'une corde, au creux d'un baobab.

Toute la magie de l'Afrique, d'un griot et d'un auteur.

De nos jours et dans l'ancienne Égypte, deux traversées du désert.

Bilal est abandonné par son maître et ami qui craint qu'il n'ait attrapé le choléra. Seul, il poursuivra son chemin et nous voici entraînés dans le temps et hors du temps.

Partir à la source de la parole, c'est ce que va faire Bilal Seck le griot.

Un grand périple parsemé des histoires de l'impur, de l'esclave louangeur, la sienne et celles des soixante et onze maillons de la chaîne de parole de sa caste.

En un lieu où des destinées se sont accomplies, Bilal dénouera la trame de son destin grâce à ce qui pourrait sembler une malédiction

Avec intelligence et finesse, Bilal Seck le passeur de mots et d'histoires, le scribe des destins s'affranchira de sa condition.

C'est tout à la fois une histoire passionnante et un conte philosophique écrits par un grand écrivain David Diop dont le style et les mots m'enchantent.

« Les intrigues n'ont jamais abouti,

Car c'est l'ordre des dieux qui se réalise,

Songe à vivre en toute sérénité,

Car ce qu'ils accordent vient naturellement. »

Merci aux éditions Julliard pour ce superbe roman.

# Làoùsadosseleciel #NetGalleyFrance

La soixante-dixième héritière de l'histoire des origines, sa grand-mère, était de ceux qui interrogeaient l'injustice de leur sort, l'aberration de la malédiction fondatrice. Non la malédiction n'était pas irrévocable.

Où s'adosse le ciel sort le 14 août 2025.

David Diop a aussi écrit Frère d'âme, La porte du voyage sans retour, Le pays du Rêve.

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2025-08-11T08:46:37+02:00

Troublantes racines

Publié par Althéa

Francine Romero a vécu quelques années en Afrique. Elle nous confie ses souvenirs. La suite Sur les rives du Djoliba vient de paraître.

La nuit nous tombe dessus, sans prévenir, nous enroule dans sa douceur, puisque nuit ne veut pas dire froid. Les nuits sont chaudes ici. Je prie à la vue de cette splendeur, prière spontanée, sans autre but que de dire merci. Le matin, j'assiste, aussi minuscule qu'une fourmi, à la création du monde dont l'immensité se déploie, se multiplie, se colore en une incroyable variété de tons roses, bleus et violets, en un sans fin de nuances se mariant entre elles. Devant l'infini de l'univers, ou dans ce qu'il a de plus monumental, oui, je me sens petite. Et là où je dois être. Comment ne pas se sentir grain de sable, infiniment petit, comment ne pas participer à l'harmonie, à ce que Freud appelle le sentiment océanique ?

17. Histoire contemporaine

Pour beaucoup d'observateurs et au dire même des négriers, l'abolition de l'esclavage n'est pas due à des raisons humanitaires. Elle est due à une banale logique économique selon laquelle la traite désormais coûte trop cher par rapport aux bénéfices que l'on en tire.
Et la colonisation commence.
Gaston Kelman

« La rencontre que j’ai faite en Afrique d’une race essentiellement différente de la mienne a contribué puissamment à l’heureuse expansion de mon univers. La tendresse est née entre nous au premier regard.»

Karen Blixen

Ce livre est une bouffée de fraîcheur presque un appel au large dans ma petite vie de tous les jours.

Que ce soit cette citation de Karen Blixen où des extraits de ce roman je suis rentée chez moi le temps de la lecture. J’ai partagé le ressenti de Francine, il y a bien des années, presque une autre vie. Ce n’était pas le même pays mais les mots et les impressions ont résonnés en moi.

Ce texte se présente en deux parties :

La première sous forme de journal de bord avec sa famille, le tout agrémenté de textes et d’une analyse de cette expérience.

La vie au jour le jour, l’accueil de sa famille, leurs coutumes et puis aussi la sorcellerie (tout ce qui y touche ou presque m’était plus ou moins connu avec quelques variantes).

La seconde tient plus du témoignage est n’en est pas moins intéressante.

Nous voici revenus à la dure réalité de ces pays où la colonisation a semé les graines du pouvoir, de la corruption, de l’envie. Des pays qui ont souvent recours à la dictature et aux guerres ethniques.

Mais Francine Romero sait nous raconter sa vie, ses mésaventures en bateau, elle va rencontrer l’homme de sa vie et nous conter la magie d’un bracelet.

Après le Gabon et la Guinée Équatoriale, notre amie partira pour Niamey et Zinder à la découverte d’une autre culture.

Une approche complète, toute une culture abordée. Une très fine analyse étayées par des citations d’auteurs africains ou concernant l’Afrique qui font parfaitement écho à chaque chapitre.

J’ai adoré ce premier roman et attend le prochain avec impatience.

J’ai mis beaucoup de citation mais j’ai particulièrement aimé celle du fils de l’auteur à propos du travail :

« Ces enfants aussi travaillent, vont chercher du petit bois, portent les plats, aident à la préparation du manioc. Mon fils commente doctement : nous, on cravaille. »

Bon voyage...

 

Ce n'est pas la mort en elle-même qui est crainte, puisqu'elle représente souvent en Afrique Noire un état transitoire qui peut déboucher sur une renaissance, et ne signifie pas la fin ; la chose primordiale à éviter ; c'est de faillir aux rituels funéraires, omettre un acte, négliger un sacrifice un peu comme chez les Grecs, rappelons-nous Antigone. Ces pleurs, ces cérémonies ont pour but de faciliter l'insertion dans l'au-delà de l'âme du mort, et aussi de rassurer les vivants en leur donnant bonne conscience, en contribuant à les apaiser.

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2025-08-09T16:09:57+02:00

Cet autre Eden

Publié par Althéa

Tant de jours et de nuits tenaillés par le froid et la faim sur l'île. Tant de semaines d'affilée passées dans le noir, à rester blottis les uns contre les autres, à murmurer des prières pour appeler de ses vœux un peu de lumière, un peu de chaleur, un peu de pain.
L'hiver continua de tempêter et de tourbillonner pendant encore une semaine, puis déda la place au printemps. Le printemps triompha, bruyant et brillant, puis céda la place à l'été.

Des résidents sans domiciles d'Apple Island placé sous la tutelle de l'état : les autorités estiment que ces occupants excentriques sont dégénérés et en situation de détresse.

J'ai été happée par cette histoire de la première à la dernière page.

CET AUTRE EDEN offre tout à la fois la puissance d'un texte poétique et la tristesse d'une histoire sordide.

De par la description des insulaires, je n'ai pu m'empêcher de penser au côté de l'œuvre naturaliste d'Emile Zola avec une part de réalisme magique.

Tout au long du récit combien de fois ai-je soupiré "pauvres gens" !

Tout commence par une tempête à couper le souffle. Et des généalogies à n'en plus finir car ils tiennent à se rappeler qui ils sont.

Pour ce roman l'auteur se serait inspiré de l'histoire de l'île de Malaga et aurait crée la polémique. Les critiques ont affirmé qu'il contient des mythes néfastes sur les habitants  de l'île que les historiens ont tenté de corriger.

A mon avis, même si il n'y a qu'une infime part de vérité le tableau de ces notables puritains du Maine et leur prétexte fallacieux pour se débarasser de ces pauvres gens n'est pas du tout flatteur.

Du bétail, songea Matthew Diamond. Non. Moins que ça encore. Il aurait voulu dire : Cette femme connaît Hamlet par cœur, vous savez.

Le médecin continua de prendre les mesures d'Eha, murmurant à l'interne : Mûlatre ; imbécile de haut grade, ou débile ; démence ; probable érotomanie.

Benjamin Honey rêvait d'un verger de son propre Eden mais bien des années plus tard ces descendants vivent dans des conditons difficiles

Les habitants de l'île sont restés dans leur coin, effectuant des tâches pénibles pour assurer leur subsistance malheureusement leurs origines multiples, la promiscuité dans laquelle ils se trouvent vont les stigmatiser à une époque de théories scientifiques fantaisistes.

Rejetés de tous pendant des années, ils ont subis les colères de la nature sans jamais se plaindre, s'entraident, veillent les uns sur les autres et ont même adoptés des enfants. Il suffit que la civilisation arrive par le biais d'un instituteur désireux de les aider pour que leur bien devienne vital et quel bien ? Des théories racistes, eugéniques.

Pourtant tous ces personnages ont des facilités ou des dons dans certains domaines : peinture, latin, mathématiques, charpentes, soins, ... 

L'insouciante Tabitha Honey s'était révélée si douée pour le latin qu'on eût dit qu'elle s'en souvenait plus qu'elle ne l'apprenait. La taciturne Emily Sockalexis s'était prise de passion pour la géométrie ; elle en avait absorbé les règles avec une telle avidité que Matthew Diamond avait dû bientôt en réapprendre lui-même les grands principes afin de l'aider à progresser. Quand à Ethan Honey, il dessinait presque aussi bien que n'importe quel étudiant en art. 

Ce texte est doté d'une magnifique écriture fluide, forte et prenante. Du lyrisme,des métaphores, toutes les conditions sont réunies pour un coup de cœur et un grand moment de lecture.  

L'ouragan rugissait si fort que Patience Honey crut d'abord être sourde, jusqu'au où elle entendit la montagne marine déferler en avalanche vers eux, charriant un chaos de maisons et de bateaux et d'arbres et de gens et de vaches et de chevaux tournoyant dans un grand tumulte de hurlements, de fracassements, de mugissements, de hénissements et de destruction qui se précipitait droit sur l'île.

Dans cette histoire, rien de bien original quant au dénouement, les innocents paient face à la bêtise humaine. C'est pourquoi tant qu'il y aura des Apple Island, des familles Honey, Lark... il faudra des auteurs comme Paul Harding II car l'homme oublie vite où détourne trop souvent le regard pour ne pas avoir à oublier.

Merci aux éditions Buchet Chastel Cet avis n'engage que moi

# CetautreEden # NetGalleyFrance

 

 

 

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Seigneur Dieu ! C'est pour vous que le Christ a bravé l'enferr ? Je ne le supporte pas ; je ne peux pas le supporter une seconde de plus ! Bande de minables, misérables salopards débarqués de nulle part ! Vous autres, vous avez toujours de belles paroles à la bouche pour prouver qu'on vaut rien, mais c'est toujours les mêmes vieilles fichues foutaises en boucle ! Sans cesse à harceler les pauvres gens jusqu'à ce que vous les ayez massacrés jusqu'au dernier ! Vous êtes qu'une bande d'assassins.

Apple Island repose à la surface de l'Atlantique, ceinturée de nuit. Les tombes où les morts de l'île gisaient autrefois sont ouvertes et vides et elles écoutent comme des oreilles.

CET AUTRE EDEN sort le 28 août 2025 pensez-y.

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