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2025-08-04T18:48:39+02:00

L'homme qui rit

Publié par Althéa

Être aveugle et amoureux, c'est être deux fois aveugle.

C'était cette minute d'anxiété préalable où il semble que les éléments vont devenir des personnes, et qu'on va assister à la transfiguration mystérieuse du vent en aquilon. La mer va être Océan, les forces vont révéler volontés, ce qu'on prend pour une chose est une âme. On va le voir. De là l'horreur. L'âme de l'homme redoute cette confrontation avec l'âme de la nature.

Éblouie, émerveillée mais aussi touchée car ayant lu quelques biographies de l'auteur, j’y ai vu plus qu’un roman.

Le 31 août 1881, Victor Hugo rédigea d’une main ferme son testament :

« Dieu. L’âme. La responsabilité. Cette triple notion suffit à l’homme. Elle m’a suffi. C’est la religion vraie. J’ai vécu en elle. Je meurs en elle. Vérité, lumière, justice, conscience, c’est Dieu. Deus, dies. »

Olympio ou La vie de Victor Hugo André Maurois

J’ai lu ce roman et du début à la fin, j’ai vu l’accord entre l’homme et l’écrivain. Sa vie, ses pensées, ses idéaux politiques mais aussi sa dualité, les deuils ainsi qu’un formidable témoignage.

Tout commence avec l’incroyable histoire des comprachicos, de la tempête et de cet enfant de dix ans Gwynplaine abandonné, perdu dans la neige en pleine nuit et je n’ai pu m’empêcher de penser à Cosette apeurée allant chercher l’eau du puits.

C’est une œuvre de maturité où nous découvrons les aristocrates, le parlement, les lois, le peuple anglais, la misère, l’injustice juste un aperçu sans commentaire sans jugement.

« Accuser est inutile. Constater suffit. »

C’est aussi la vie d’Ursus et d’Homo (clin d’œil de l’auteur) qui se sont exilés de Londres et de la folie des hommes. Ursus serait un Gwynplaine âgé, désillusionné, sage et pourtant il commettra une erreur fatale.

Gwynplaine parce qu’il n’avait rien à perdre a sauvé un bébé Déa dont la mère est morte dans la tempête. Pureté des sentiments, innocence, Déa, aveugle, ne sent que l’âme des autres. Tous deux s’aiment tendrement.

«Ils se suffisaient, ils n’imaginaient rien au-delà d’eux-mêmes ; se parler était un délice, s’approcher était une béatitude ; à force d’intuition réciproque, ils en étaient venus à l’unité de rêverie ; ils pensaient à deux la même pensée. »

Gwynplaine connaîtra la richesse, le pouvoir mais sa seule ambition sera d’aider les plus faibles, il y voit sa destinée.

« Je suis prédestiné ! J’ai une mission. Je serai le lord des pauvres. Je parlerai pour tous les taciturnes désespérés. Je traduirai les bégaiements. Je traduirai les grondements, les hurlements, les murmures, la rumeur des foules, les plaintes mal prononcées, les voix inintelligibles, et tous ces cris de bêtes qu’à force d’ignorance et de souffrance on fait pousser aux hommes. Le bruit des hommes est inarticulé comme le bruit du vent ; ils crient. Mais on ne les comprend pas, crier ainsi équivaut à se taire est leur désarmement. Désarmement forcé qui réclame le secours. Moi, je serai le Verbe du Peuple. Grâce à moi, on comprendra. Je serai la bouche sanglante dont le bâillon est arraché. Je dirai tout. Ce sera grand. »

De très beaux passages : n’est pas Victor Hugo qui veut. L’auteur s'est énormément documenté.

La fin de ce livre m’a laissé sans voix, sans mots, tant ce livre est mêlé à sa vie. Je percevais Victor Hugo et sa vie, son œuvre derrière chaque mot. J’y ai vu ses doutes quant à son engagement politique qui lui a couté l’exil et une vie familiale perturbée. Et par-dessus tout j’y ai vu cet hommage à Léopoldine, son ange, et à son gendre partis trop tôt.

_ Le roucoulement est pour les jeunes et le gémissement pour les vieux. Hélas ! Je gémis.
Éaque répliqua :
_ Soyez averti de ceci : si un malade est soigné par vous, et s'il meurt, vous serez puni de mort.
Ursus hasarda une question.
_ Et s'il guérit ?
_ En ce cas là, répondit le docteur, adoucissant sa voix, vous serez puni de mort.
_ C'est peu varié, dit Ursus.
Le docteur reprit :
_ S'il y a mort, on punit l'ânerie. S'il y a guérison, on punit l'outrecuidance. La potence dans les deux cas.
_ J'ignorais ce détail, murmura Ursus. Je vous remercie de me renseigner. On ne connaît pas toutes les beautés de la législation.

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2025-07-31T15:49:06+02:00

Écoutez nos défaites

Publié par Althéa

Et encore un très beau texte lu il y a quelques années.

Ils ne se voient pas, ne sont pas au même endroit, regardent simplement tous les deux la même mer, cette Méditerranée de sang et de joie où sont nés des mondes sans pareils, et ils s'aiment.

« La guerre est la compagne de l'homme. Elle rôde sur notre planète, ombre éternelle. Chienne aux aguets.
Elle a soif, rien ne l'étanchera. Et l'homme sera toujours volontaire pour calmer sa soif. » Sylvain Tesson Un été avec Homère
Quand j'ai lu ce texte tout à la fois magnifique et si triste par ces récits de batailles, je me serais bien vue assise sur les gradins d'un théâtre grec pour le lire face à la mer, entendre le flux, le reflux, la victoire, la défaite, les vaincus, les vainqueurs, la guerre, la paix.
Un texte intense qui montre l'impermanence de nos actions. Nous passons rapidement de prédateur à proie, de héros à personna non grata voir à éliminer si nous n'obtenons pas la victoire. Cette impression qu'il suffit de changer les noms des villes, des chefs mais qu'en fait la guerre c'est toujours la même chose : des morts, des blessés, des survivants, une victoire qui n'en est pas une au vu des pertes et des vaincus qui n'attendent que l'occasion de se venger.
Et puis, il y a aussi cette aventure d'un soir entre une archéologue et ce soldat. Un soldat doit-il obéir aux ordres, rester fidèle à sa patrie ou à ses idéaux, s'il lui en reste ? Quand aux archéologues qui fouillent des tombes, en sortent des objets pour connaître l'histoire et par amour de l'art, du beau. Ces objets appartenaient à l'histoire autrefois, mais de nos jours, ils appartiennent au temps. Et malheureusement, se trouvent devenir les jouets de la cupidité et de la folie destructrice de quelques hommes.

Écouter nos défaites, c'est accepter la vanité de nos actes, se rendre compte que nous sommes bien peu de choses. Accepter nos défaites c'est remettre ce dieu Bès, dans la terre, sa demeure d'éternité.

... "Vous, si vous trouvez cet objet, reposez-le en terre, reposez-le et passez votre chemin car il n'est pas fait pour la lumière mais pour le royaume de l'éternité." Cela l'avait assommée. Cet objet-là, qui suppliait les vivants de ne pas le prendre, était-ce cela, son métier ? Voler des objets au néant ?

Pourquoi n'y-a-t'il jamais de victoire ? Jamais de moments de joie pleins auxquels ne succède rien d'autre qu'une vie de paix à laquelle on puisse s'adonner avec douceur ?

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2025-07-29T10:18:15+02:00

Une enquête de Washington Poe : L'ombre d'un héros

Publié par Althéa

Une enquête de Washington Poe sort le 11 septembre n'oubliez pas.

Comme à l'accoutumée lorsqu'il lisait le compte rendu d'un combat mortel, il médita longuement l'aspect tragique de l'incident. Les gouvernants qui mettaient en jeu des vies humaines qui n'étaient pas les leurs. Les familles qui s'étaient enorgueillies de compter un soldat en leur sein. Ces mêmes familles que l'on incitait vivement à ne rien déclarer aux médias quand elles voyaient l'un des leurs revenir dans une housse mortuaire, ou bien avec des membres en moins. La réputation des centres de recrutement pâtit toujours de l'image de ces familles en deuil.

Et il suffit de deux rats de porcelaine...

Washington Poe et Tilly Bradshaw sont de retour pour une quatrième enquête.

Entre un enquêteur qui ne lâche pas le morceau et une geek hors pair nous voilà partis pour un grand moment de suspense.

Quel est le lien entre une exécution dans une salle des coffres et un mort dans une maison close, à part un indice similaire ?

De nombreuses ramifications dans une histoire où il est question de traffic d’œuvres d’art, d’Al-Quaïda, de différents corps d’armée britanniques et américains ainsi que de secrets bien gardés.

Ce n’est pas forcément le beau fixe entre les différents services : FBI, NCA, en guise d'intimidation Poe se verra menacé d’expulsion. 

C’est mon deuxième opus de cette série et je dois dire que je me suis retrouvée en famille, Poe et Tilly ont une relation particulière, les dialogues ne sont pas dénués d’humour.

Une enquête d’une grande complexité, où l'on ne s’ennuie pas une seconde, qui se termine au pas de course tant le suspense est intense.

M.W.Craven s’est vu attribuer le CWA Ian Flemming Steel Dagger Award pour ce roman.

Je ne peux que remercier les Editions de L’Archipel de leur confiance.

# LOmbreduhéros # NetGalleyFrance

Poe se présenta et mélodie sortit sa carte. Ainsi qu'onpouvait s'y attendre, la vue du sigle du FBI fit son effet alors que l'affiliation de Poe à la NCA laissait froids les manifestants. Il faudrait du temps pour que le FBI anglais possède l'aura de son modèle américain. En son for intérieur, Poe en attribua la faute à toutes ces merdes de séries télévisées.

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2025-07-25T09:23:24+02:00

Maître et serviteur

Publié par Althéa

Une nouvelle rafraîchissante de cent pages d'un de mes auteurs préférés. 

Les traces des patins étaient aussitôt recouvertes par la neige que chassait le vent, et l'on ne pouvait distinguer la route que parce qu'elle était plus élevée que la plaine qu'elle traversait. Des tourbillons de neige couraient sur les champs, et l'on ne discernait plus la ligne où le ciel et la terre se rejoignent. La forêt de Tiliatino, qu'on distingue toujours très bien, ne se faisait entrevoir que par instants comme une tâche noirâtre à travers la neige poussiéreuse. Le vent venait de gauche, chassant obstinément vers la droite la crinière de Bai et sa queue bien fournie, serrée en un gros noeud. Le long col de Nikita, qui était assis sous le vent, se collait à son nez et à sa joue.

Toute la maestria de Tolstoï en cent pages.
Nous voici partis en traîneau, pris dans une violente tempête, la nuit tombe, le chemin est recouvert par la neige, le vent souffle en bourrasque, nous avons froid, nous nous inquiétons mais par chance nous arrivons dans un village.
Seulement, dans cet attelage, Vassili Andréitch n'a qu'une obsession conclure une affaire le plus rapidement possible. Il ne pense qu'à ses futurs profits. Les villageois lui conseillent d'attendre mais rien à faire, les voilà repartis dans la tourmente. Soumis son domestique Nikita l'accompagne et le sert de son mieux grâce à sa connaissance de la nature.
Dans ce récit, Tolstoï nous montre à quel point, l'homme est impuissant face à la nature, Vassili Andréitch l'apprendra à ses dépens et réalisera trop tard qu'il ne maîtrise que peu de choses. C'est aussi une belle leçon de lâcher-prise car Nikita, son serviteur, sait qu'il n'a pas grand-chose à perdre et accepte l'idée de sa mort tout en plaignant son maître, qui lui, à tant à perdre.
Toute la finesse de Tolstoï dans ces deux portraits où finalement le maître finit par réaliser qu'il a une vie à charge.
Une réflexion sur l'importance de la vie, la sienne et celle des autres.

La pensée de mourir cette même nuit ne lui parut ni trop regrettable, ni trop effrayante. Pas trop regrettable, parce que sa vie était loin d'être une fête continuelle, mais une servitude incessante au contraire et dont il commençait à se fatiguer ; pas trop effrayante, parce qu'outre les maîtres, comme Vassili Andréitch, au service desquels il se trouvait ici-bas, il se sentait soumis au Maître des maîtres, à celui qui l'avait envoyé sur cette terre, et il savait qu'en mourant il resterait encore au pouvoir de ce maître qui ne le molesterait pas.

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2025-07-22T20:26:58+02:00

Les orphelins de la planète

Publié par Althéa

La mobilisation de lobbyistes nombreux, bien introduits, véritables professionnels de l'influence et de la pression, est systématique et bénéficie de budgets importants. Certains sont allés jusqu'à intervenir au Vatican avec pour objectif d'influencer la rédaction de l'encyclique Laudato si', dont le pape François s'est néanmoins assuré de la cohérence écologique.Dans ce cas, la tentative a échoué.

La bataille pour sauver la planète est en cours. C’est le plus important des combats menés jusqu’à présent puisqu’il s’agit de la survie de l’humanité.

Quand aux forces en présence, d’un côté :

les lobbys,

les décideurs politiques comme Bolsonaro mais il y en a bien d’autres

les pays qui transfèrent leurs produits toxiques vers d’autres pays afin de ne pas polluer le leur.

Tout est très bien expliqué, le diable est dans les détails

De l’autre :

 Le Pape François et son encyclique, Laudato si’,  le Dalaï Lama et son essai Nouvelles réalités mais ils ne sont pas seuls puisque trois scientifiques pour ce livre « Les orphelins de la planète » et bien d’autres aussi viennent à la rescousse …

Les résistants

les scientifiques qui cherchent des solutions.

Et le futur ?

L’espoir réside dans nos enfants à condition de leur donner l’exemple,

l’agroécologie,

les peuples premiers ou autochtones et de nombreux exemples, une bonne raison de lire ce livre.

Bien sûr les trahisons, le manque d’intérêt, le moi d’abord et l’appât du gain sont de la partie.

Cet essai contient une rétrospective des espoirs et désespoirs du GIEC avec une valse des décideurs qui ne permet pas de tenir les engagements. A chacun sa vision, ses promesses.

Et puis si au lieu de financer tant de guerres, nous faisions un effort et investissions pour nous enfants et le vivant.

Alain Grandjean, Claude Henry, Jean Jouzel nous offre une lecture salutaire et instructive que je conseille à tous et à toutes.

Après le Déluge, Dieu a assuré à Noé qu’Il n’aurait de cesse de protéger la Création :

« Dieu dit encore à Noé et à ses fils : Oui j’établirai une alliance avec vous […] il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre.» (Genèse, IX, 8-11)

Il serait temps de tenir parole et de participer à l’effort des résistants. Merci aux éditions Grasset et à Babelio pour cette masse critique.

..., la moitié la plus défavorisée de la population mondiale (quatre milliards de personnes), établie principalement aux basses latitudes, est à l'origine de 12% des gaz à effet de serre. À l'autre extrémité de l'échelle des richesses, les 1% les plus favorisés émettent 15% de ces gaz. Or c'est cette première moitié dont la contribution au changement climatique est minimale qui, du fait de sa localisation et de conditions de vie précaires, en souffre le plus : elle est la victime des plus fortes vagues de chaleur, inondations, épidémies, etc.

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